Le dernier médecin généraliste de Montbazin, dans le bassin de Thau, cessera son activité après 2026. La commune de 3 000 habitants cherche un remplaçant depuis deux ans, sans succès. Une banderole installée à l'entrée du village par la mairie annonçait tout l'été : "La mairie cherche médecin(s) généraliste(s), locaux disponibles". Mais les candidats se font rares.
Un médecin qui repousse son départ mais ne trouve pas de successeur
Le docteur Jean-Luc Azoulay, seul généraliste en poste, a déjà repoussé son départ en retraite de deux ans. Il a réduit ses horaires mais reçoit encore 900 patients, en plus des consultations en maison de retraite. "Aujourd'hui, je n'ai aucune réponse et encore moins pour une succession", confie-t-il. Les annonces sur les sites spécialisés ou Facebook disparaissent rapidement, noyées sous la demande. Pourtant, ses locaux spacieux pourraient accueillir un confrère qu'il accompagnerait vers l'installation.
Une situation paradoxale dans une zone non isolée
Montbazin n'est pas en zone médicalement déserte. "On n'est pas au fin fond de la Lozère. La mer n'est pas loin", souligne le docteur Azoulay. Mais les mentalités ont changé : les jeunes médecins travaillent en moyenne trois jours et demi par semaine et refusent les cabinets individuels. "Pour me remplacer, il faut au moins deux médecins", constate-t-il. Les remplaçants qu'il a eus n'ont pas voulu reprendre son cabinet, même au sein de groupements.
La pharmacienne et les patients en première ligne
Élisabeth Dumas, pharmacienne du village, a vu partir le médecin généraliste du pôle de santé en 2024. Malgré des efforts sur le loyer et l'aide d'un chasseur de têtes, les médecins contactés ont choisi d'autres destinations comme Béziers ou Valras. Elle a dû installer une téléconsultation dans son officine. "Je ne sais pas comment je vais faire", s'inquiète Viviane, 69 ans, patiente diabétique qui doit renouveler ses ordonnances chaque mois.
La mairie et les acteurs locaux mobilisés
Le maire Josian Ribes sollicite depuis 2023 l'Agence régionale de santé (ARS) et la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) du bassin de Thau. Une permanence médicale avec les maisons de Gigean et Poussan est à l'étude, mais sans garantie. Florence Pucheral, coordinatrice de la CPTS, explique : "Il y a un déficit abyssal de médecins en sortie de formation. Ceux qui sortent ne veulent pas s'installer, ils préfèrent les remplacements."
Un phénomène qui touche plusieurs communes
Montbazin n'est pas un cas isolé. Mireval, Villeveyrac et Vic sont aussi concernés. "Les médecins partants ne sont pas remplacés, ou alors il en faut 2,5 ou 3 à la place", ajoute Florence Pucheral. Le vieillissement de la population aggrave la demande : 46 % des généralistes de l'Hérault partiront à la retraite d'ici 2035, et 22 % des habitants ont plus de 65 ans.
Un pacte régional pour lutter contre les déserts médicaux
En septembre, l'ARS Occitanie a lancé un pacte contre les déserts médicaux. Vingt-huit zones prioritaires ont été définies, dont trois dans l'Hérault. Dès la rentrée 2026, une quatrième année de médecine générale obligatoire pour les internes sera mise en place, permettant de former plus de 3 000 internes en zone sous-dense. La solidarité entre médecins, annoncée par le Premier ministre, prévoit que chaque praticien consacre quelques jours par an (200 euros par jour) dans les zones tendues. Mais pour Montbazin, ces mesures arrivent peut-être trop tard.



