Mercure, plomb et cadmium dans l'assiette : l'Anses alerte sur les aliments à risque
L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail tire la sonnette d'alarme. Selon sa dernière étude menée entre 2021 et 2022, l'exposition des Français au cadmium, au mercure, au plomb et à l'acrylamide via l'alimentation reste "toujours préoccupante". Cette vaste enquête, la troisième depuis les années 2000, a analysé plus de 250 substances chimiques dans des échantillons représentatifs des habitudes alimentaires françaises.
Des concentrations qui augmentent dans certains aliments
Si les concentrations moyennes de ces contaminants ont globalement diminué depuis la précédente étude nationale (2006-2011), l'Anses observe des augmentations préoccupantes dans certaines catégories d'aliments. Les produits céréaliers comme le pain, les biscuits sucrés, les viennoiseries ou les pâtes contribuent particulièrement à notre exposition à l'aluminium, au cadmium et au plomb.
Véronique Sirot, coordinatrice de l'étude, précise : "Des augmentations sont observées dans certains produits à base de céréales qui contribuent le plus à notre exposition alimentaire à ces contaminants." Les légumes montrent également des concentrations accrues, bien que l'agence souligne que cela ne remet pas en cause leur bénéfice nutritionnel incontestable.
Les sources de contamination
Les métaux lourds se retrouvent dans notre alimentation par plusieurs voies :
- Présence naturelle dans l'environnement
- Activités humaines (agriculture, industries, trafic routier)
- Contamination des sols, de l'eau et de l'air
Morgane Champion, autre coordinatrice de l'étude, explique : "Les activités humaines utilisent ou produisent des éléments-traces métalliques qui se retrouvent ensuite dans la chaîne alimentaire." L'étude a analysé des échantillons collectés dans des grandes surfaces et marchés de l'Hérault, du Loiret et du Puy-de-Dôme, offrant ainsi un panorama représentatif de la contamination alimentaire en France.
Les aliments les plus concernés
L'étude identifie plusieurs familles d'aliments particulièrement exposées :
- Produits céréaliers : pain, pâtes, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits
- Légumes : diverses variétés montrant des concentrations accrues
- Pommes de terre : notamment sous forme de frites et pommes de terre sautées
- Mollusques et crustacés : pour les consommateurs réguliers
- Poissons : particulièrement ceux en bout de chaîne alimentaire comme le thon
Recommandations pour limiter les risques
Face à ces constats, l'Anses émet plusieurs recommandations pour réduire l'exposition aux contaminants alimentaires :
Pour les poissons : l'agence recommande deux portions par semaine, dont un poisson gras, en variant les espèces et les lieux d'approvisionnement. Cette approche permet de limiter le risque de surexposition au méthylmercure tout en couvrant les besoins nutritionnels.
Pour les frites et pommes de terre sautées : l'Anses appelle à poursuivre les efforts de réduction de l'acrylamide, un composé qui se forme lors de la cuisson à haute température.
Les experts rappellent qu'il n'existe pas de "bons" ou "mauvais" aliments en soi, mais que c'est la dose qui fait la différence pour la santé. Un comportement alimentaire équilibré et varié reste la meilleure protection contre une surexposition à une substance particulière.
Perspectives et surveillance continue
L'Anses annonce la publication prochaine d'une expertise spécifique sur l'exposition globale des Français au cadmium, au-delà de la seule alimentation. L'agence poursuivra également ses travaux sur d'autres familles de contaminants comme les bisphénols, les phtalates, les résidus de pesticides ou les PFAS.
Malgré des progrès notables - comme la diminution de l'exposition au plomb chez les enfants (-27%) et les adultes (-49%) - l'Anses insiste sur la nécessité de renforcer la surveillance de la contamination des denrées alimentaires et de poursuivre les efforts pour protéger la santé des consommateurs.



