Lyon produit des bactériophages contre l'antibiorésistance
Lyon produit des bactériophages contre l'antibiorésistance

Une avancée inattendue… venue des égouts. Les Hospices civils de Lyon (HCL) ont annoncé avoir décroché une autorisation inédite de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour produire et distribuer des bactériophages. Ces virus sont capables de s’attaquer directement aux bactéries. Il s’agit d’une première pour un établissement public « en France et dans l’Union européenne ».

Objectif : lutter contre les infections résistantes aux antibiotiques

Staphylocoques dorés, pneumocoques, E. coli… Ces bactéries deviennent parfois impossibles à traiter avec les médicaments classiques. Et c’est là que ces virus « mangeurs de bactéries », appelés phages, entrent en scène. Ils offrent une solution pour les patients en impasse thérapeutique face à l’antibiorésistance, devenue un enjeu majeur de santé publique.

Une arme contre le « tsunami silencieux »

Cette technique, appelée phagothérapie, n’est pas nouvelle mais elle revient sur le devant de la scène. Le constat est alarmant. L’antibiorésistance est décrite comme un « tsunami silencieux » par le Pr Frédéric Laurent. Une « pandémie silencieuse » selon l’Organisation mondiale de la santé, susceptible de provoquer plus de 10 millions de morts par an d’ici 2050, « plus que le cancer et le sida », rappelle le Pr Vincent Piriou.

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Pour fabriquer ces nouveaux traitements, les chercheurs vont directement chercher la matière première là où elle abonde : dans les milieux riches en bactéries. Égouts, excréments, stations d’épuration… Les phages y pullulent. Ils constituent même « l’organisme le plus abondant sur Terre avec un nombre estimé à 10 puissance 31 ». Les premiers spécimens utilisés à Lyon ont été « pêchés » dès 2017 dans une station d’épuration. Depuis, ils sont isolés, purifiés puis transformés en solutions injectables capables de cibler très précisément les bactéries responsables d’une infection.

Autre avantage : ces virus sont sans danger pour l’humain. « Le virus ne s’attaque qu’à la bactérie », explique le Pr Frédéric Laurent. Et il agit vite : en quelques minutes, il la détruit… Avant de se multiplier lui-même pour attaquer d’autres bactéries.

Une avancée jugée « historique »

L’autorisation délivrée par l’ANSM change la donne. Après près de 10 ans de travaux, les HCL peuvent désormais produire ces traitements « de bout en bout », de la collecte à l’administration. Une étape qualifiée d’« historique » par les équipes lyonnaises. Jusqu’ici, les phages étaient utilisés de manière exceptionnelle, dans des protocoles « compassionnels », et souvent importés de start-up étrangères.

« Aujourd’hui, 95 % des biomédicaments sont importés », souligne le Pr Laurent. Pour les scientifiques, l’enjeu dépasse la simple innovation médicale. Il s’agit aussi de construire une filière française. Une manière de renforcer la « souveraineté sanitaire » et de réduire la dépendance aux traitements importés.

Ironie de l’histoire : cette technologie de pointe repose sur une découverte ancienne. Dès la fin du XIXe siècle, le bactériologiste britannique Ernest Hanbury Hankin avait observé que l’eau du Gange pouvait détruire les bactéries du choléra. Quelques années plus tard, en 1915, Félix d’Hérelle, chercheur à l’Institut Pasteur, baptise ces virus « bactériophages » et les transforme en médicaments. Pendant des décennies, ils seront vendus en pharmacie avant de disparaître avec l’essor des antibiotiques après la Seconde Guerre mondiale.

Alors, les antibiotiques vont-ils disparaître ?

« Non, absolument pas », tranche le Pr Frédéric Laurent. Ces nouveaux traitements ne les remplaceront pas, mais viendront en renfort dans les cas les plus complexes. Une arme en plus… Face à des bactéries de plus en plus coriaces.

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