Jean-Marc Laurent, le père de la Dépakine, est décédé
Jean-Marc Laurent, père de la Dépakine, est mort

Jean-Marc Laurent, le chimiste français à l'origine de la Dépakine, un médicament antiépileptique prescrit à des millions de patients dans le monde, est décédé à l'âge de 89 ans. Sa mort, survenue le 26 avril 2025, a été annoncée par sa famille. Laurent avait passé sa carrière dans la recherche pharmaceutique, mais son nom restera à jamais associé à cette molécule controversée.

Un inventeur discret

Né en 1936 à Lyon, Jean-Marc Laurent avait étudié la chimie à l'Université de Lyon avant de rejoindre le laboratoire pharmaceutique Sanofi. C'est là qu'il avait synthétisé pour la première fois le valproate de sodium en 1963, une molécule qui allait devenir le principe actif de la Dépakine. Le médicament, commercialisé à partir de 1967, s'est rapidement imposé comme un traitement de référence contre l'épilepsie, notamment chez les enfants.

Laurent n'a jamais cherché la notoriété. Il vivait retiré dans sa maison de la Drôme, où il cultivait un jardin et lisait des ouvrages de philosophie. Dans une rare interview accordée en 2018, il avait confié : "Je ne me considère pas comme un héros. J'ai simplement eu la chance de tomber sur une molécule intéressante."

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Les zones d'ombre de la Dépakine

Si la Dépakine a soulagé des milliers de patients, elle a aussi causé des drames. Administrée à des femmes enceintes, elle a provoqué des malformations congénitales et des troubles du développement chez leurs enfants. Des associations de victimes, comme l'Association d'aide aux parents d'enfants souffrant du syndrome de l'anticonvulsivant (APESAC), ont accusé Sanofi de ne pas avoir suffisamment informé sur les risques.

En 2023, la justice française a condamné Sanofi à verser des indemnisations à plusieurs familles. Jean-Marc Laurent, qui n'avait jamais été mis en cause personnellement, avait exprimé sa tristesse face à ces souffrances : "Je suis désolé pour ce que ces familles ont enduré. La science a parfois des conséquences imprévues."

Un héritage complexe

Le décès de Jean-Marc Laurent relance le débat sur la responsabilité des chercheurs dans les effets secondaires de leurs découvertes. Pour certains, il reste un bienfaiteur qui a permis à des millions d'épileptiques de mener une vie normale. Pour d'autres, il est le symbole d'une industrie pharmaceutique qui a privilégié le profit à la sécurité.

L'APESAC a publié un communiqué sobre : "Nous prenons acte du décès de M. Laurent. Notre combat continue pour la reconnaissance des droits des victimes." De son côté, Sanofi a salué "un scientifique de génie" qui a "contribué de manière décisive à la neurologie".

Jean-Marc Laurent laisse derrière lui une œuvre scientifique majeure, mais aussi une controverse qui n'est pas près de s'éteindre. Sa disparition marque la fin d'une époque pour la recherche pharmaceutique française.

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