Hospitalisation sous contrainte : entre trahison et nécessité, le vécu des patients
Hospitalisation sous contrainte : le vécu des patients

Le 15 juin, le journaliste de France-Inter Nicolas Demorand, qui avait révélé son trouble bipolaire en mars 2025, a confié avoir été « interné » sans son consentement à l’automne 2025 à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris. Dans un nouveau podcast intitulé « Si besoin », il revient sur l’ambivalence des sentiments ressentis, racontant son refus d’être hospitalisé, s’être rebellé et débattu, avant qu’on lui administre « un remède de cheval » pour le calmer. « Je suis redevenu un enfant, un mineur, un être privé de la maîtrise de sa propre personne », explique-t-il, tout en affirmant avoir compris qu’il n’était « à ce moment-là [pas] en état de prendre des décisions urgentes et cruciales pour [sa] propre santé ».

Un cadre légal pour protéger

En France, 96 000 personnes ont fait l’objet d’une mesure de soins psychiatriques sans consentement en 2018, selon la Haute Autorité de Santé. Ces hospitalisations sous contrainte, également appelées hospitalisations à la demande d’un tiers (HDT), peuvent être décidées lorsque le consentement d’un malade peut être altéré par des troubles mentaux et que son état nécessite des soins. Elles visent à protéger le patient et son entourage, mais sont souvent vécues comme une violence.

Un vécu ambivalent

Si l’hospitalisation sous contrainte est souvent bénéfique pour un patient en état de crise, elle peut aussi être perçue comme une trahison. Les témoignages recueillis par Marie Fiachetti révèlent une palette d’émotions : honte, colère, incompréhension, mais aussi gratitude rétrospective. « Sur le moment, j’ai eu l’impression qu’on me volait ma liberté. Aujourd’hui, je sais que c’était nécessaire », confie un ancien patient.

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Nicolas Demorand décrit son expérience comme une perte de contrôle totale, mais admet que les soins ont été salvateurs. Cette dualité est au cœur du débat sur la contrainte en psychiatrie, entre protection individuelle et respect des droits des patients.

Des chiffres en hausse

Le nombre d’hospitalisations sous contrainte a augmenté ces dernières années, passant de 80 000 en 2010 à 96 000 en 2018. Cette tendance interroge les professionnels de santé et les associations de patients, qui réclament plus de moyens pour la psychiatrie publique et des alternatives à l’hospitalisation forcée.

« La contrainte ne devrait être qu’un dernier recours, après avoir épuisé toutes les solutions de soins libres », estime le Dr. Paul Lefèvre, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne. Il souligne l’importance de l’écoute et de la négociation avec le patient pour limiter le traumatisme.

Des pistes pour améliorer la prise en charge

Plusieurs initiatives visent à réduire le recours à la contrainte. Des programmes de formation pour les soignants, comme le modèle de « désescalade », permettent de mieux gérer les crises. Des dispositifs d’accompagnement, tels que les « pairs-aidants » – d’anciens patients formés –, aident les personnes hospitalisées à mieux comprendre leur traitement.

Pour Nicolas Demorand, la clé est la communication : « Il faut parler de la maladie mentale, lever les tabous, pour que l’hospitalisation sous contrainte ne soit plus vécue comme une punition, mais comme un soin. »

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