Vingt-deux cas contact de personnes positives à l'Hantavirus ont été identifiés en France à ce jour. Une passagère française du bateau de croisière Hondius, hospitalisée à l'hôpital Bichat de Paris, est gravement atteinte par le virus. Les autorités sanitaires du pays sont en état d'alerte.
Une croisière qui tourne au cauchemar
Il y a six ans, la pandémie de Covid nous a littéralement cloués au sol, par peur, inconscience et impréparation. Aujourd'hui, l'hantavirus s'invite à la faveur d'une croisière de rêve qui devait relier Ushuaia, en Argentine, au Cap-Vert. À bord du Hondius, un navire de dernière génération, le voyage a pris une tournure dramatique lorsque deux passagers embarqués à Ushuaia ont présenté des symptômes graves, rapidement diagnostiqués comme un syndrome pulmonaire à hantavirus (HPS). Après le décès de trois passagers, le bateau a erré comme un fantôme sur l'océan, confronté aux tergiversations des autorités portuaires, à l'image du Diamond Princess qui, en 2020, avait été mis en quarantaine au large du Japon avec 3 600 passagers à bord.
Les mesures sanitaires mises en place
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, est intervenue ce lundi matin sur France-Inter pour donner des nouvelles des cinq Français débarqués du navire. Après avoir pris l'avion depuis les Canaries, ils ont été hospitalisés à l'hôpital Bichat pour une mise en quarantaine en isolement strict afin de subir des examens. La ministre a déclaré que l'une de ces personnes, ayant présenté des symptômes dans l'avion, a été testée positive à l'hantavirus à son arrivée à l'hôpital : « Son état s'est ensuite dégradé pendant la nuit et est préoccupant. »
Par ailleurs, 22 cas contact, des Français ayant partagé l'avion avec des passagers de l'Hondius, ont été identifiés. Ils sont invités à s'auto-confiner pendant quarante-deux jours, à télétravailler et à porter un masque FFP2. Parmi eux, huit ont voyagé dans le même avion qu'une personne malade il y a quinze jours et sont considérés à haut risque, bien qu'ils ne présentent pas de symptômes pour l'instant.
La coordination gouvernementale
Les autorités sanitaires tentent d'éviter tout risque épidémique en contenant le virus. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a multiplié les réunions ce lundi à Matignon pour organiser une réponse adaptée, en tirant les leçons de la crise Covid. Pour éviter toute psychose et les fausses rumeurs, le ministère a sommé les Agences régionales de santé (ARS) de ne pas communiquer avec les médias avant la prise de parole gouvernementale prévue ce lundi soir.
Ce que l'on sait de l'hantavirus
L'hantavirus est connu des scientifiques depuis les années 1950. Comme le rappelle le professeur Hervé Fleury, virologue et ancien chef du laboratoire de virologie du CHU de Bordeaux : « Cet hantavirus se transmet à l'homme par l'intermédiaire de rongeurs sauvages infectés, tels que des souris ou des mulots, qui excrètent le virus par la salive, l'urine et les excréments. Une morsure, un contact avec ces rongeurs ou leurs déjections, ainsi que l'inhalation de poussière contaminée, peuvent provoquer une infection. Il existe plusieurs souches ; la souche Andes, découverte en 1990, se transmet difficilement mais possiblement, avec un délai d'incubation d'une à six semaines. »
Le professeur Fleury, qui travaille avec un groupe de chercheurs de Boston sur le HPS, précise que « les pays d'Amérique du Sud ont déclaré en 2025, 229 cas avec 59 décès, principalement en Argentine. Des études ont été menées autour de cas d'infection entre deux frères et l'infirmière qui les a soignés, et les scientifiques se sont interrogés sur la contagiosité. En séquençant les trois souches, ils ont identifié des mutations qui pourraient signer une contagiosité majorée. » Cependant, il estime le danger de contagiosité et de transmission limité.
Frédérique Jacquérios, épidémiologiste aux hôpitaux universitaires de Genève, interrogée sur France Inter, abonde : « À Genève, notre laboratoire de virologie assure le séquençage des virus et n'a pas observé de mutation sur l'hantavirus actuel. En revanche, le bateau s'est révélé un lieu confiné privilégié pour favoriser la transmission, avec des rapports proches, répétés et longs. »
L'hantavirus responsable du HPS est donc peu transmetteur mais très létal, avec un taux de létalité compris entre 20 et 60 %, contrairement au Covid, très contagieux mais peu létal.
Les mesures d'isolement renforcées
Dès dimanche soir, Sébastien Lecornu a pris un décret permettant de mettre en place des mesures d'isolement adaptées pour les cas contact et protectrices pour la population. Lundi en fin d'après-midi, il a réuni à Matignon Stéphanie Rist, Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, le directeur général de l'ARS Île-de-France Denis Robin, et le directeur général de la Santé, Didier Lepelletier. Il a ensuite reçu Olivier Schwartz, virologue à l'Institut Pasteur, Jean-François Delfraissy du Comité consultatif national d'éthique, Xavier Lescure, infectiologue à l'hôpital Bichat, et Yazdan Yazdanpanah, infectiologue.
Le Premier ministre a annoncé lundi soir que deux réunions de coordination interministérielles auront lieu chaque jour à Matignon sur le sujet. Il a également signalé qu'une quarantaine renforcée en milieu hospitalier serait obligatoire pour tous les cas contact, sans exception. Ainsi, les 22 personnes concernées, dont certaines étaient à leur domicile, ont toutes été invitées à se faire hospitaliser pour quinze jours, durant lesquels elles seront surveillées et testées régulièrement, avant de rentrer chez elles pour boucler leur période d'isolement forcé.



