Greffe rénale : Sven-Adrien, 32 ans, raconte son parcours
Greffe rénale : Sven-Adrien raconte son parcours à 32 ans

À 32 ans, Sven-Adrien est père d'une petite fille de 5 mois, mais sa vie a basculé en 2024 lorsqu'il apprend que ses reins ne fonctionnent plus qu'à 10 %. Après des mois de dialyse et une greffe réussie en juin 2025, il témoigne pour Midi Libre à la veille de la journée nationale du don d'organe.

De l'Australie à l'hôpital : le rêve brisé

En 2024, Sven-Adrien, originaire de Belfort, s'installe à Sydney pour travailler comme cuisinier dans un restaurant de barbecue. Mais la chaleur écrasante (près de 50 °C) s'accompagne de vertiges, nausées et douleurs dorsales. Il attribue d'abord ces symptômes à la fatigue. C'est après avoir uriné du sang dans l'avion du retour qu'il consulte un médecin en Australie. Le diagnostic tombe : ses deux reins ne fonctionnent plus qu'à 10 % chacun.

« C'est pas juste un petit truc de fatigue. Le stress commence alors à monter. Il ne faut pas oublier qu'il y a la barrière de la langue qui joue aussi. Je n'ai pas mon téléphone, je ne pouvais même pas appeler mes parents », confie-t-il. Malgré la qualité des soins australiens, il choisit de rentrer en France. Il a 24 heures pour quitter son travail, son logement et faire ses valises. Son assurance refuse le rapatriement sanitaire ; il paie lui-même son billet. Le vol jusqu'à Bangkok est un calvaire : il urine du sang dans les toilettes de l'avion. À Paris, il retrouve ses parents, soulagé.

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Des mois de dialyse et un faux espoir

De retour à Belfort, Sven-Adrien subit trois séances de dialyse de 4 heures par semaine. « Toutes mes journées, je vais les passer à l'hôpital, brancher une machine. Je me dis 'ok, ça va être ça ma vie maintenant' », raconte-t-il. Il s'inscrit sur la liste d'attente pour une greffe. « Je me rendais même pas compte de ce que c'était la greffe encore. Je me suis dit on va me mettre un organe qui n'est pas à moi. Mais je ne me suis jamais senti aussi proche de mes parents qu'à ce moment-là. »

Fin avril 2025, l'hôpital de Besançon l'appelle pour un rein compatible. Mais il présente des symptômes de gastro-entérite, et les médecins refusent la greffe. « C'est comme si j'allais au départ d'une course et qu'avant même le coup d'envoi tu ne peux pas participer. Donc, la frustration, elle est au maximum », dit-il.

Une rencontre et une nouvelle vie

Pendant cette période difficile, il rencontre Lucile, qui deviendra sa compagne. Peu après la première tentative de greffe, ils apprennent qu'elle est enceinte. Le 23 juin 2025, le téléphone sonne à nouveau : un rein compatible est disponible. Après trois heures d'opération, Sven-Adrien reçoit un nouveau rein (les deux siens sont laissés en place car leur retrait serait trop risqué). « La dialyse, c'est fini. Une nouvelle vie commence. Même si t'as mal physiquement, la fin du tunnel, elle est là. Tu te dis que la vie est belle », se souvient-il, ému.

Son quotidien change radicalement : restrictions alimentaires, rendez-vous médicaux et les responsabilités de père. « Il y a eu un avant et un après l'Australie. Ce n'est pas la vie que j'avais imaginée au début. Jamais j'aurais pensé un an avant travailler et vivre ma meilleure vie en Australie, puis un an plus tard être papa », confie-t-il.

Un compte à rebours, mais pas de crainte

Une greffe de rein dure en moyenne 15 ans, jusqu'à 30 ans maximum. Sven-Adrien refuse de vivre dans la peur. « Ça ne sert à rien de vivre dans la crainte. Il faut vivre, profiter, tout en faisant attention. Et puis, de toute façon, le jour où ça arrive, ça arrivera. Et j'aurai la chance à nouveau d'être sur une liste de greffe et de revivre la même expérience. Maintenant que je sais à quoi ça ressemble, je suis prêt à y retourner à n'importe quel moment. Il n'y a plus de peur ou d'angoisse. »

À l'occasion de la journée nationale du don d'organe, il exprime un souhait : « J'aurais bien aimé savoir qui me l'a donné. C'est une réflexion un peu bizarre que j'ai eue… Mais c'est un donneur mort et j'aurais voulu lui dire qu'il n'est pas mort pour rien, qu'il a sauvé la vie de quelqu'un. »

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