Culottes menstruelles 100% made in France : le défi d'Elia à Aimargues
Culottes menstruelles made in France : le défi d'Elia

Marion Goilav, fondatrice de la marque Elia, lance un nouveau modèle de culotte menstruelle 100 % fabriqué en France à l'usine Éminence d'Aimargues, dans le Gard. Ce lancement intervient alors que le remboursement des protections menstruelles réutilisables pour les moins de 26 ans doit prendre effet à l'automne 2024, conformément à la loi. La cheffe d'entreprise, qui a créé Elia en 2019 après avoir souffert d'endométriose et découvert un taux record de perturbateurs endocriniens dans ses analyses, explique les enjeux industriels et sanitaires de cette initiative.

Une start-up née d'une histoire personnelle

Marion Goilav a fondé Elia en 2019 après des années de galère liées à son endométriose. Lors d'un bilan de santé, elle découvre un niveau de perturbateurs endocriniens alarmant, qu'elle attribue aux tampons qu'elle utilisait. Elle imagine alors les premières culottes menstruelles 100 % made in France, en coton bio et fibre de bois, avec un taux d'absorption efficace et sans substance nocive. Pour garantir leur innocuité, 600 tests chimiques sont réalisés, alors que la norme Reach n'en impose que 250. Ces culottes sont fabriquées à l'usine Éminence d'Aimargues.

Un remboursement historique pour les moins de 26 ans

À partir de l'automne, les protections menstruelles réutilisables seront remboursées pour les femmes de moins de 26 ans. Elia se prépare à créer un nouveau modèle de culotte, distribué en pharmacie, qui sera également fabriqué à Aimargues. « C’est une étape décisive, se réjouit Marion Goilav. Près de 4 millions de femmes en France sont en précarité hygiénique, soit 31 % des femmes menstruées. » L'enjeu industriel est considérable : plus de 6,4 millions de femmes de moins de 26 ans sont concernées. « On estime le taux d’adoption de ce type de produit à 38 % la première année, soit 2,4 millions de personnes, ce qui fait 4,8 millions de culottes », calcule-t-elle.

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Des inquiétudes sur les normes et les prix

Marion Goilav attend la seconde version du cahier des charges de la Sécurité sociale pour la fabrication de ces culottes remboursables. « Il faut que les normes soient plus exigeantes, car il y a des enjeux d’innocuité, de durabilité, des enjeux écologiques et environnementaux. Juste un exemple, le cahier des charges exige un produit qui résiste à 52 lavages, c’est aberrant, il ne tiendra pas 8 mois. Il faut une culotte qui résiste à 300 lavages. » Elle souligne également les enjeux de concurrence économique avec des produits moins exigeants. Actuellement, une culotte menstruelle coûte en moyenne 30 €. La culotte remboursable serait vendue par le fabricant 14,40 € au pharmacien, qui la revendrait 19 € aux clientes, prix fixés par la Sécurité sociale. « Moi, je suis déjà à 9,30 € de prix de fabrication ! », explique Marion Goilav. En Chine, le prix de revient d’une culotte menstruelle est de 1,80 $. « On risque d’avoir des produits fabriqués avec des matières et des process peu respectueux alors qu’en France les standards anti Pfas et perturbateurs endocriniens sont très élevés. Une étude américaine a montré que sur 69 culottes testées, 30 % sont contaminées par diverses substances chimiques », insiste-t-elle.

Un défi de réindustrialisation

« Aujourd’hui, il y a trente marques de culottes menstruelles, on est la seule marque à produire en France à 100 %. On parle de réindustrialiser la France mais à ce prix-là, ce n’est pas viable », regrette-t-elle. Pour tenir les tarifs, à moins qu’ils ne soient revus, Elia envisage de faire une partie de la fabrication en Europe. La start-up, qui compte 4 salariés en CDI et fait travailler 42 couturiers dans ses ateliers, prévoit de fabriquer 300 000 pièces dès septembre, puis 1,6 million de culottes l’an prochain. « Nous visons un chiffre d’affaires de 30 M€ et 200 embauches à terme en France », se réjouit Marion Goilav, qui ne lâchera pas ses exigences de qualité pour la santé des femmes et la préservation de l’environnement.

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