Les finances des établissements de soin français se dégradent dangereusement, alerte la Drees. Le déficit cumulé des hôpitaux publics en France s’est creusé à 2,9 milliards d’euros en 2024, selon un rapport publié mercredi. Cette dégradation financière inédite depuis 2005 touche désormais sept établissements sur dix, tandis que le bénéfice net des cliniques privées recule à 194 millions d’euros.
Une dégradation continue depuis 2020
Les données publiées par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) confirment le diagnostic de la Fédération hospitalière de France (FHF). Le déficit cumulé des hôpitaux publics s’est creusé pour la quatrième année consécutive, atteignant 2,9 milliards d’euros, soit 0,5 milliard de plus qu’en 2023. Rapporté aux recettes, le résultat net est négatif à hauteur de –2,7 % en 2024, contre –2,3 % en 2023, du jamais vu depuis 2005, point de départ des observations. Aujourd’hui, sept hôpitaux sur dix sont déficitaires.
Les causes de la crise
Cette dégradation s’explique notamment par la baisse des mesures de soutien mises en place pendant la crise du Covid-19, mais aussi par la décision du gouvernement de ne pas dégeler le coefficient prudentiel, une réserve de précaution qui retient une partie des dotations attribuées aux hôpitaux pour faire face à un éventuel emballement des dépenses d’assurance maladie. Selon Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF, la situation ne résulte pas de dysfonctionnements internes, mais de décisions nationales.
Un bilan contrasté
Le déficit prévisionnel à fin 2025 est déjà estimé à 2,5 milliards d’euros dans les hôpitaux, et à 2,7 milliards en incluant les Ehpad et les autres activités médico-sociales. Cependant, l’encours de la dette des hôpitaux publics a baissé en 2024 (29,9 milliards d’euros, soit 27,9 % des recettes), pour la troisième année consécutive. Cette diminution est liée aux mesures prévues dans le cadre du Ségur de la santé, qui prévoient un engagement de 6,5 milliards d’euros pour restaurer les capacités financières des hôpitaux d’ici 2029. La Drees note que les plans de soutien portent leurs fruits sur la dette, mais que l’effort d’investissement marque le pas.
Les cliniques privées en difficulté
Le bénéfice net cumulé des cliniques privées recule à 194 millions d’euros (1 % des recettes), contre 331 millions (1,7 % des recettes) en 2023. Contrairement à l’image de profits juteux, 36 % des cliniques privées sont déficitaires (33 % en 2023) et 21 % sont surendettées (19 % en 2023). De fortes disparités existent selon les activités : la psychiatrie présente une rentabilité plus de onze fois supérieure à celle des établissements de médecine, chirurgie, obstétrique ou de soins médicaux et de réadaptation.



