Écrans et enfants : des médecins azuréens alertent sur les risques graves pour la santé
Des spécialistes azuréens en ophtalmopédiatrie, pédiatrie et neuropédiatrie tirent la sonnette d'alarme et appellent à limiter fortement l'exposition aux écrans, en particulier chez les plus jeunes. Ils organisent une conférence de sensibilisation le 11 avril prochain à Mougins pour marteler leur message.
Des mécanismes cérébraux proches de l'addiction
Premier sujet d'inquiétude majeur : le développement d'une réelle dépendance. Chez les enfants, l'usage des écrans peut activer des circuits cérébraux comparables à ceux impliqués dans les addictions. « Il existe des circuits biochimiques de récompense. Quand l'enfant regarde un écran, il va rechercher cette stimulation, exactement comme ce que l'on observe avec d'autres comportements addictifs », expliquent les médecins.
Contrairement à une idée reçue, ces phénomènes peuvent apparaître très tôt, parfois même chez des enfants de moins de 10 ans, voire des tout-petits. Les réactions des enfants privés d'écran peuvent surprendre les parents, avec des colères ressemblant parfois à celles d'une personne en manque.
« Avant 3 ans, c'est zéro écran » : une règle cruciale
Les médecins insistent particulièrement sur les premières années de vie, période cruciale du développement cérébral. « Avant 3 ans, la règle est simple : c'est zéro écran, pas même une demi-heure le week-end », affirment-ils catégoriquement.
Au-delà de la dépendance, une exposition excessive risque d'entraîner chez les tout-petits des retards de développement importants : troubles du langage, difficultés d'interaction sociale, problèmes de motricité fine. Certaines études évoquent même des tableaux proches des troubles du spectre autistique.
Troubles de l'attention et isolement social à l'adolescence
Avec l'âge, les conséquences changent mais restent préoccupantes. Chez les enfants d'âge scolaire, sont décrits des troubles de l'attention ou des difficultés à élaborer des raisonnements. À l'adolescence, la consommation abusive d'écran a surtout un retentissement social et psychologique, avec des phénomènes d'isolement, de dévalorisation de soi, parfois des troubles alimentaires ou des comportements addictifs.
Une véritable épidémie de myopie en progression
Du point de vue ophtalmologique, les écrans sont également pointés du doigt dans la progression rapide de la myopie chez les enfants. « Nous allons vers une véritable épidémie. D'ici 2050, près de 50 % de la population mondiale pourrait être myope », alertent les spécialistes.
Le phénomène s'expliquerait notamment par la multiplication des activités de vision de près. Cette évolution peut conduire à des formes sévères de myopie, avec des complications graves comme le décollement de rétine, le glaucome du myope ou des maladies maculaires pouvant conduire à une malvoyance précoce.
L'importance cruciale des activités en extérieur
Face à ces risques multiples, les spécialistes recommandent notamment de favoriser les activités à l'extérieur. « La lumière naturelle et la vision de loin jouent un rôle protecteur contre la progression de la myopie », soulignent-ils.
Certains pays d'Asie, particulièrement touchés par ce phénomène, ont déjà pris des mesures en encourageant fortement les activités en plein air pour les enfants. Les spécialistes azuréens appellent les autorités françaises à leur emboîter le pas.
Sensibiliser les parents et prôner la sobriété numérique
Le 11 avril prochain, ce sont les parents qu'ils entendent sensibiliser à la gravité du problème. « Ils savent souvent que les écrans ne sont pas idéaux, mais ils ne connaissent pas toujours les raisons précises. Nous voulons qu'ils comprennent les risques réels », expliquent les médecins.
Conscients de la difficulté de bannir totalement les écrans, ce qu'ils préconisent aujourd'hui, c'est la sobriété numérique : « Il faut rester dans la vraie vie : dire à un adolescent de lâcher complètement son téléphone ne fonctionne pas. Mais réduire le temps d'exposition peut déjà faire une grande différence ».
La conférence sur le thème « Enfants et écrans, et prévention de la myopie » se tiendra de 15h à 16h à la Scène 55, 55 chemin de Faissole à Mougins, avec entrée libre et gratuite. Quatre professionnels échangeront avec les familles : Dr Nathalie Rabasse, neuro-pédiatre, Dr Valérie Doireau, pédiatre, et les Drs Ryad Adrar et Sibel Molva, ophtalmopédiatres.



