En Chine, le coût de la vie et l'incertitude économique retardent les naissances
Chine : le coût de la vie retarde les naissances

En Chine, le coût de la vie et l'incertitude économique retardent les naissances

Sous l'effet du coût de la vie et de l'incertitude du lendemain, de nombreux Chinois retardent l'arrivée du premier enfant, voire y renoncent complètement. Cette tendance inquiète sérieusement les autorités, qui tentent de mettre en place des mesures incitatives pour stimuler les naissances.

Un choix dicté par la sécurité financière

Zhang Xiaofei et son mari Zhu Yunfei illustrent parfaitement cette réalité. Ils ont pris le temps d'atteindre une relative sécurité financière avant d'avoir un bébé. Une récente allocation instaurée pour stimuler les naissances en Chine a représenté un coup de pouce bienvenu sur lequel ils ne comptaient même pas.

« Comme nos parents n'ont pas une très bonne situation, on était tous les deux d'accord pour faire passer notre travail en premier », explique Zhang Xiaofei, 32 ans, en tenant dans les bras sa fille de trois semaines. « Si on a un enfant, il faut lui offrir la meilleure vie possible », ajoute-t-elle dans leur appartement de Langfang, en périphérie de Pékin.

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Une situation démographique alarmante

Le taux de natalité en Chine est tombé en 2025 à son niveau le plus bas depuis 1949. La population a diminué pour la quatrième année consécutive. Les modèles des Nations unies prévoient qu'elle pourrait passer de 1,4 milliard aujourd'hui à 633 millions d'ici à 2100.

Avec la croissance ou l'innovation, la « construction d'une société favorable aux naissances » compte parmi les grands enjeux du 15e Plan quinquennal, document soumis ces jours-ci à des milliers de représentants du système chinois réunis à Pékin par l'événement politique annuel dit des « Deux Sessions ».

Des mesures gouvernementales jugées insuffisantes

Le 15e Plan s'engage à inciter à faire des enfants, davantage assumer les soins liés à la maternité, réduire le coût de l'éducation, et encourager les pratiques propices dans les entreprises. Le gouvernement a institué en 2025 la gratuité de la prise en charge préscolaire et une prime de 3 600 yuans (449 euros) par an et par enfant.

Les autorités ont dépensé ces derniers mois 100 milliards de yuans (12,48 milliards d'euros) en primes versées à 33 millions de familles, a rapporté samedi le directeur national de la Santé, Lei Haichao. « Certains disent que, dorénavant, les enfants naissent avec leur nourriture payée et leur propre salaire », a-t-il imagé.

Une aide qui ne couvre pas les dépenses réelles

Zhang Xiaofei et Zhu Yunfei ont su qu'ils auraient droit à la prestation après avoir appris qu'ils seraient parents. Zhu Yunfei admet que la somme, qui correspond à environ 1,5 % de leurs revenus annuels cumulés, peut faire une différence dans les campagnes. Mais c'est différent quand, comme lui et sa femme, il faut louer un appartement à 6000 yuans (748 euros) par mois à Pékin où ils continuent à travailler.

« Cet argent ne couvre même pas nos dépenses en lait infantile pour un an », constate-t-il. « Les gens plaisantent sur internet en disant que c'est comme recevoir un bon d'achat de cinq yuans pour une Rolls-Royce », ajoute-t-il avec ironie.

La discrimination au travail, un frein supplémentaire

Des aides comme celle de 3 600 yuans « n'entraînent souvent aucune reprise significative de la fécondité », avertit la démographe Yun Zhou, enseignante à l'Université du Michigan. Elle invoque la préoccupation qu'est pour les Chinoises, en particulier les jeunes instruites, « la discrimination sexiste omniprésente sur le marché du travail ».

Elle pousse « certaines femmes à penser qu'avoir des enfants est fondamentalement incompatible avec réussir sa carrière et mener une vie épanouie », explique-t-elle.

Le quotidien difficile des parents

Être parent en Chine de nos jours est « très difficile », déclare Yuan Limei, une mère de deux enfants de 30 ans. « Au début, ça va, mais une fois qu'ils commencent l'école, on a toutes sortes de dépenses », dit-elle en poussant son fils de six ans, très bavard, sur une balançoire.

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Elle ne songe pas à un troisième enfant. « C'est plus difficile d'élever un enfant qu'un chien ou un chat », rit-elle, résumant ainsi le sentiment de nombreux jeunes Chinois face aux défis économiques et sociaux de la parentalité.