CBD de synthèse : le cauchemar des consommateurs
CBD de synthèse : le cauchemar des consommateurs

Les nouvelles molécules cannabinoïdes de synthèse, dérivées du THC et du CBD, vendues dans les boutiques spécialisées en France, provoquent des effets violents : malaise physique, perte de contrôle et dépendance. Adrien, 27 ans, et Nathan, 28 ans, racontent comment leur consommation a viré au cauchemar.

Des effets bien plus violents que prévu

Nathan, 28 ans, habitant de Toulon, ne cherchait pas à acheter ces produits. Lors d'une soirée début août, il pense se procurer du cannabis mais tombe sur du HHC (hexahydrocannabinol), interdit depuis 2023. Après avoir bu un peu d'alcool, il tire trois lattes sur le joint. Les effets sont immédiats : nausées, vertiges, perte d'équilibre et surtout, son cœur s'emballe. « J'étais démonté comme si j'avais fumé cinq pétards d'un coup », témoigne-t-il.

Adrien, Perpignanais de 27 ans, découvre le 10-OH-HHC car il veut arrêter la beuh. Dans une boutique de sa ville, il cherche quelque chose de fort pouvant lui rappeler la défonce que procure le cannabis. « Dans ma tête, même le plus fort ne pouvait jamais être aussi fort que de la beuh. C'était l'inverse », explique-t-il. Il subit tachycardie, vomissements, profondes angoisses et fatigue extrême. « C'est dix fois plus addictif que tout ce que je connais », confie-t-il.

Une hyperaccessibilité qui aggrave la dépendance

Nathan retente l'expérience pendant deux semaines. Même sans alcool, les symptômes reviennent : spasmes, palpitations, arythmie cardiaque. « Les effets étaient bien trop violents pour un simple joint », dit-il. Le produit lui rappelle le Pète ton crâne (PTC), un cannabinoïde de synthèse qu'il avait essayé une dizaine d'années plus tôt dans le Nord. « Les effets sont sensiblement les mêmes », assure-t-il, se souvenant de jeunes faisant des malaises dans sa ville. Il arrête alors le HHC, puis le cannabis : « Ça m'a fait un déclic ».

Adrien, lui, continue, même après avoir eu « l'impression de crever trois, quatre, cinq fois ». Il décrit un effet « poppers » : « C'est très puissant quand ça monte mais ça descend assez vite ce qui fait que tu accumules les prises ». Surtout, se procurer le HHC ne demande presque aucun effort. Plus besoin d'attendre un dealer sur Snapchat ou Telegram : il lui suffit de prendre sa voiture. « Pouvoir aller dans un dispensaire, ça change tout. Il n'y a pas de limite. Et le fait que ce soit légal m'enlève un stress », ajoute-t-il. Cette hyperaccessibilité tient aussi au prix : 25 euros pour cinq grammes. « C'est un confort qui englobe tout ».

Des dépistages limités face aux nouvelles molécules

Sur la route, les tests salivaires recherchent notamment le THC. Un produit parfaitement légal peut contenir jusqu'à 0,3 % de THC et suffire à déclencher un résultat positif. Dans une boutique de CBD de l'Hérault, le vendeur vante un spray buccal censé tromper les tests salivaires des forces de l'ordre. Il dit avoir aussi vendu de la « fausse urine », des sous-vêtements équipés d'une poche cachée ou encore une poudre américaine à boire 24 heures avant, censée « nettoyer le foie et le sang ». Des parades dont l'efficacité n'est pas garantie.

Avec les cannabinoïdes de nouvelle génération, le dépistage se complique. Les nouvelles molécules fleurissent vite et ne sont pas toutes ciblées par les mêmes dispositifs. Une étude allemande de 2013 avait montré qu'une analyse poussée de salive pouvait identifier 28 cannabinoïdes synthétiques. En 2026, des chercheurs italiens ont développé une méthode capable de rechercher 90 nouvelles substances psychoactives, dont plusieurs cannabinoïdes de synthèse. Mais en France, les tests utilisés par les forces de l'ordre au bord de la route restent beaucoup plus limités. Résultat : une consommation peut être détectée… ou passer sous le radar.

Des trajectoires opposées mais un même constat

En trois mois, le cannabinoïde prend le dessus sur la vie d'Adrien. Il fume dès le réveil, puis à midi, puis le soir. Il sort de moins en moins, arrête le sport, ne mange et ne dort presque plus. L'argent manque aussi. « Je n'ai pas vu ma famille de l'été alors qu'ils sont à une heure. Ça me faisait chier de mettre 15 euros d'essence alors que je pouvais mettre 15 euros là-dedans », confie-t-il. À plusieurs reprises, il finit le mois avec « quasiment plus rien ».

Pour Nathan, ces deux semaines auront suffi à tout arrêter : « Je n'avais plus le plaisir, le goût, les sensations d'un joint classique. C'était impossible pour moi de continuer ». Adrien, lui, n'y arrive pas. Il se promet régulièrement de ne pas fumer, puis craque « quand arrive le soir ». Aujourd'hui, Nathan assure n'avoir « plus touché à rien », comme Adrien qui tente de prendre du recul : « J'ai 27 ans, je n'ai rien vécu et j'ai l'impression de gâcher ma vie », confie celui qui projette de consulter un addictologue.