Le cancer de la vessie touche 20 000 nouvelles personnes par an en France. Mal connu, il doit être pris au sérieux dès les premiers signes. À l'occasion du Mois de la vessie, en mai, et de la campagne choc "Ceci n'est pas un coucher de soleil", le Professeur Yann Neuzillet et le Dr Benjamin Pradère, de l'Association française d'urologie, témoignent de révolutions thérapeutiques qui donnent espoir aux malades.
Un cancer fréquent mais sous-diagnostiqué
Avec plus de 20 000 nouveaux cas par an (officiellement 14 000, mais ce cancer est sous-diagnostiqué), le cancer de la vessie est le 5e cancer en termes de patients en France. Il touche quatre fois plus les hommes que les femmes. Quand il est pris à temps, 80 % des patients survivent à 5 ans. Sinon, le chiffre tombe à 50 % si le cancer est localisé et à 5 % s'il est métastatique.
Le symptôme clé : l'hématurie
Le symptôme principal est la présence de sang dans les urines, même une seule fois. La campagne de sensibilisation utilise des affiches, vidéos et messages digitaux pour alerter le public. Pourtant, 54 % des gens ne connaissent pas les symptômes, 64 % ignorent que l'hématurie est un symptôme, et seulement 32 % comprennent son lien avec le cancer de la vessie. Chez les hommes, 83 % ont un diagnostic précoce (dans les trois mois après les symptômes), contre 70 % des femmes. Ces dernières sont parfois diagnostiquées à tort comme ayant une infection urinaire. Ainsi, 55 % des hommes survivent cinq ans après le diagnostic, contre 49 % des femmes.
Des cancers de la vessie différents
Il existe plusieurs types de cancer de la vessie. Certains infiltrent le muscle (un quart des cas), d'autres non. Si le cancer touche le muscle, le traitement consiste souvent à enlever la vessie, avec une stomie (poche recueillant les urines). La survie à cinq ans est alors de 50 %, avec une dégradation de l'image corporelle. Une récidive survient une fois sur deux. En revanche, 80 % des patients sont détectés à un stade où le muscle n'est pas impacté.
Facteurs de risques : tabac et expositions professionnelles
Le tabac est le premier facteur de risques, multipliant par trois le risque. Mais 50 % des hommes et 70 % des femmes n'ont jamais fumé. L'exposition professionnelle aux amines aromatiques multiplie le risque par deux à cinq. La radiothérapie pelvienne le double, et l'arsenic dans l'eau est aussi un facteur. Boire de l'eau régulièrement est recommandé pour "rincer" la vessie.
Révolution thérapeutique en uro-oncologie
Pendant longtemps, le cancer de la vessie était le parent pauvre des cancers, avec peu de nouveaux médicaments et beaucoup de chirurgie. Depuis trois ou quatre ans, de nouvelles molécules apparaissent. La vessie étant accessible par l'urètre, on peut administrer des immunothérapies, des thérapies géniques, etc., directement dans la vessie, avec moins d'effets indésirables. De nouveaux moyens de distribution (gels, médicaments ensachés, hyperthermie) permettent d'éviter l'ablation de la vessie. Une étude montre que la tumeur peut disparaître complètement chez 57 % des patients avec une nouvelle thérapie intraveineuse, sans cystectomie. 85 % de ces patients n'ont pas de métastases dans les deux ans.
Immunothérapies et anticorps conjugués
Les immunothérapies et les médicaments anticorps conjugués (ADC) ont modifié l'espérance de vie. Dans le cancer infiltrant le muscle, ces nouveaux traitements augmentent la survie de 50 % et améliorent la survie sans maladie de 60 %, sans enlever la vessie. Ces avancées, qui explosent cette année, bouleversent le paysage thérapeutique.
Biomarqueurs et intelligence artificielle
De nouveaux biomarqueurs aident à prédire la réponse aux traitements. L'ADN circulant (ADN du cancer dans le sang) permet de mesurer l'efficacité du traitement : sa diminution indique une réponse positive. Ces techniques ne sont pas encore remboursées. L'intelligence artificielle améliore le diagnostic, le repérage des cellules cancéreuses et la sélection des patients. Demain, elle guidera le geste du chirurgien.



