À l'occasion de la cérémonie des trophées « H’ment fiers », qui marque également les 10 ans des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT), Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la Santé et de l’Écologie, a plaidé pour une coordination accrue des soins et une meilleure valorisation des équipes hospitalières. Marraine de l'opération, elle a livré une vision sans langue de bois de l'hôpital public, alliant innovation, réseau et durabilité.
« H’ment fiers » : redonner de la fierté aux professionnels
L'opération « H’ment fiers » met en lumière les réussites des équipes hospitalières. Pour Roselyne Bachelot, il est indispensable de braquer les projecteurs sur ce qui fonctionne face à un « dénigrement continuel » des institutions. « L’hôpital français possède une résilience tout à fait extraordinaire », a-t-elle souligné, tout en reconnaissant des réformes nécessaires. « Certains se font agresser par des malades ou des familles, subissent un 'bashing', c’est inadmissible. Il faut les reconnaître, les mettre en valeur et afficher notre reconnaissance pour leur expertise. »
Transition écologique : l’hôpital comme laboratoire d’innovation
Le « coup de cœur » de cette édition a été attribué à un projet axé sur la transition écologique. Selon l'ancienne ministre de l’Écologie, l’hôpital peut être un laboratoire d’innovation dans ce domaine. « Sur le terrain, les équipes se mobilisent : réduction des plastiques à usage unique, plans de mobilité, éco-conception des soins, gestion des déchets… La question écologique doit être au cœur de toutes nos démarches, à l’hôpital comme ailleurs », a-t-elle affirmé.
10 ans de GHT : un bilan à consolider
Les GHT fêtent leurs 10 ans. Roselyne Bachelot, qui a porté la loi HPST en 2009, estime que la coopération hospitalière doit aller plus loin. « La coopération ne doit plus seulement être horizontale entre hôpitaux publics, elle doit devenir verticale. Il faut intégrer la médecine de ville, les EHPAD, le secteur médico-social, les associations d’aide aux personnes handicapées… Le soin est encore trop souvent pensé en silos », a-t-elle déploré.
Bénéfices pour les patients : des parcours mieux coordonnés
Interrogée sur le bénéfice concret pour les patients, Roselyne Bachelot a cité « une gestion coordonnée, l’amélioration des parcours de soins par la régulation, la création de filières spécialisées comme l’urologie dans les Alpes-Maritimes, ou encore la 'responsabilité populationnelle' dans les Hautes-Alpes ». « Tout cela est fait pour le patient. Le patient doit être au cœur du système », a-t-elle insisté.
Disparités entre GHT : une question de leadership
Certains GHT fonctionnent mieux que d'autres. Pour Roselyne Bachelot, c’est « une question de personnes et de leadership ». « Comme dans tous les groupes humains, il y a des leaders qui savent faire marcher les structures collectives et d’autres non. De plus, il faut faire attention à ne pas s’engloutir dans les parcours administratifs. Parfois, il faut savoir gérer les situations 'en commando', au plus près des réalités du terrain », a-t-elle expliqué.
Tarification à l’Activité (T2A) : un droit de tirage pour les patients
Sur la question de la T2A, souvent critiquée, Roselyne Bachelot a défendu ce système. « On critique beaucoup la T2A, mais on ne se place jamais du côté des malades. La T2A constitue un 'droit de tirage illimité' des patients vis-à-vis du système de santé. Si on la remplace par une dotation globale fixe, comme en Angleterre, on ouvre la porte au copinage et aux pressions des élus locaux. En Angleterre, quand vous arrivez en octobre et que l’enveloppe est vide, on vous dit de revenir l’année d’après pour votre prothèse de hanche », a-t-elle averti.
Gouvernance hospitalière : le rôle des élus locaux en question
Roselyne Bachelot a pointé du doigt le rôle des élus locaux dans la gouvernance hospitalière. « Aujourd’hui, c’est le maire de la commune siège de l’hôpital qui préside le plus souvent le conseil de surveillance. Il y a un conflit d’intérêts, sachant que le bassin de santé d’un hôpital dépasse largement le territoire de sa seule commune. Je dis depuis 20 ans qu’il faudrait confier cette présidence à une personnalité qualifiée hors élu, mais cela suscite une levée de boucliers », a-t-elle déclaré.
L’avenir des GHT face au vieillissement et aux innovations
Face au vieillissement de la population et à l'explosion des maladies chroniques, Roselyne Bachelot estime que le modèle du GHT est « plus que jamais » adapté, mais doit s'ouvrir. « Nous allons vivre une révolution technologique et scientifique sans précédent. Ce qui arrive dans les tuyaux de l’industrie pharmaceutique est une merveille, sans parler de l’apport de l’intelligence artificielle dans le diagnostic. La prise en charge devra obligatoirement être pluridisciplinaire : médicale, sociale et sociétale. Les GHT doivent s’ouvrir à de nouvelles problématiques, comme l’accompagnement des aidants », a-t-elle précisé.
Qualité indispensable pour réformer : courage et anticipation
Interrogée sur la qualité indispensable pour réussir à transformer durablement l’hôpital, Roselyne Bachelot a répondu : « Il faut du courage, mais surtout de la 'vista' et de l’anticipation. Actuellement, on pratique trop la politique au fil de l’eau. Il faut abandonner les avantages acquis et les certitudes obsolètes. »
Qu’est-ce qu’un GHT ?
Ce dispositif impose aux établissements publics de santé d’un même territoire de s’associer autour d’un « projet médical partagé ». L’objectif est double : pour le patient, garantir une égalité d’accès à des soins sécurisés et de qualité, grâce à des parcours de prise en charge mieux coordonnés et gradués ; pour les établissements, rationaliser les modes de gestion en mutualisant des fonctions transversales stratégiques comme les systèmes d’information, les achats ou encore l’imagerie médicale.



