Autisme : la HAS exclut clairement la psychanalyse des recommandations de prise en charge
Autisme : la psychanalyse exclue des recommandations de la HAS

Autisme : la psychanalyse officiellement écartée des recommandations de prise en charge

C'est un document très attendu par les familles concernées par les troubles du spectre de l'autisme. Treize ans après ses premières préconisations, la Haute Autorité de santé (HAS) vient de publier une mise à jour majeure de ses recommandations pour la prise en charge de ce handicap. La nouveauté la plus significative réside dans l'affirmation claire que la psychanalyse et les thérapies inspirées des théories freudiennes ne sont pas recommandées pour ces patients, en raison de l'absence de preuves scientifiques démontrant leur efficacité.

Une évolution significative par rapport à 2012

En 2012, les experts s'étaient contentés de qualifier cette pratique de "non consensuelle". Aujourd'hui, la position est nettement plus tranchée. Cette question reste d'une extrême sensibilité en France, où une large partie des psychologues et psychiatres spécialisés dans la prise en charge des enfants et adolescents ont été formés à la psychanalyse et continuent de la revendiquer.

Claire Compagnon, membre du Collège de la Haute Autorité de santé, explique : "Les temps ont changé. Cette recommandation repose sur un consensus formalisé d'experts bien plus large qu'en 2012." Le document élargit son champ d'application aux nourrissons et adopte le terme "trouble du spectre de l'autisme" (TSA), remplaçant l'ancienne appellation "troubles envahissants du développement".

L'importance cruciale du diagnostic précoce

La HAS insiste particulièrement sur le diagnostic et les interventions précoces. Contrairement à certaines idées reçues, établir un diagnostic n'est pas "mettre une étiquette" sur l'enfant, mais constitue la première étape des interventions thérapeutiques. Un diagnostic de TSA peut être posé dès l'âge de 18 mois, avec des signes d'alerte parfois perceptibles dès 6 à 10 mois.

Le diagnostic clinique s'appuie sur une synthèse des informations apportées par différents professionnels paramédicaux et psychologues. Il permet d'établir un bilan complet du fonctionnement de l'enfant et de construire un plan d'action adapté. Les interventions peuvent débuter dès les premiers signes, avant même la finalisation de tous les bilans.

Les interventions recommandées et non recommandées

La recommandation liste précisément les interventions dont l'efficacité a été démontrée scientifiquement :

  • Les méthodes ABA et ses évolutions
  • Les approches Denver et Teacch
  • Les méthodes Pact et Jasper

Ces interventions peuvent apporter des améliorations significatives dans plusieurs domaines :

  1. Le langage et la communication sociale
  2. Les comportements
  3. Le fonctionnement cognitif global

La HAS préconise au moins 10 heures d'interventions par semaine avec des professionnels formés à ces méthodes, ainsi qu'une guidance parentale renforcée.

Concernant les interventions non recommandées, trois catégories sont distinguées :

  • Cellles pour lesquelles il n'existe pas d'études (Feuerstein, Padovan)
  • Cellles dont les études montrent l'absence d'efficacité (comme le "packing")
  • Cellles dont les études présentent un niveau de preuve insuffisant (méthode Snoezelen, méthode 3i, et la psychanalyse)

Changer les pratiques sur le terrain

La question centrale reste l'application effective de ces recommandations. Claire Compagnon reconnaît : "Nous faisons le constat de la persistance de pratiques hétérogènes sur le territoire national." La HAS envisage plusieurs leviers pour améliorer l'appropriation de ces recommandations par les professionnels, y compris la possibilité de les rendre opposables par voie législative.

Un effort massif de formation est également nécessaire, tant dans la formation initiale que continue, pour les professionnels intervenant dans le champ des troubles du neurodéveloppement. La recommandation aborde également la question délicate de la prescription de psychotropes, rappelant qu'il n'existe pas de traitement médicamenteux de l'autisme et que les médicaments ne doivent servir qu'à agir sur certains symptômes spécifiques, sous surveillance médicale stricte.

Des causes mieux comprises

La HAS confirme qu'aucun lien n'a été établi entre les TSA et plusieurs facteurs souvent évoqués :

  • Les vaccins
  • Le paracétamol chez la femme enceinte
  • La surexposition aux écrans

En revanche, certains facteurs de risque sont mieux identifiés :

  • Le risque génétique
  • L'âge des parents
  • Le valproate de sodium
  • Le genre (les garçons présentent quatre fois plus de risques)

Cette mise à jour des recommandations marque une étape importante dans l'évolution de la prise en charge de l'autisme en France, avec une orientation claire vers des approches fondées sur des preuves scientifiques et une reconnaissance accrue de la diversité des situations au sein du spectre autistique.