Attentat de Nice : le traumatisme oublié des professionnels du funéraire
Attentat de Nice : traumatisme oublié des funéraires

Le 14 juillet 2016, un camion a foncé sur la foule à Nice, faisant 86 morts et des centaines de blessés. Dix ans plus tard, les professionnels du funéraire qui ont pris en charge les corps témoignent d'un traumatisme encore vif, souvent négligé par les dispositifs d'aide psychologique.

Un travail de l'ombre aux séquelles lourdes

Les employés des pompes funèbres ont été en première ligne, confrontés à des scènes d'une violence inouïe. Selon une enquête menée par l'association Mémoire et Solidarité, 78 % des professionnels interrogés souffrent de stress post-traumatique, contre 30 % dans la population générale après un attentat. « Nous avons dû identifier des corps déchiquetés, parfois ceux d'enfants. C'est une image qui ne s'efface jamais », confie Marc, thanatopracteur depuis 20 ans.

Un soutien psychologique insuffisant

Les cellules d'urgence médico-psychologique (CUMP) mises en place après l'attentat ciblaient principalement les victimes directes et leurs familles. Les professionnels du funéraire n'ont pas été inclus. « On nous a dit de nous débrouiller. Aucun suivi, aucune reconnaissance », déplore Sophie, directrice d'une agence funéraire. Une étude de l'Université de Nice montre que 65 % des personnels funéraires n'ont reçu aucune aide psychologique dans les mois suivant l'attentat.

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Des conséquences sur la vie personnelle

Le traumatisme impacte aussi la vie privée. « Je fais des cauchemars toutes les nuits. Ma femme ne comprend pas pourquoi je suis devenu irritable », raconte Jean-Pierre, porteur. L'alcoolisme et les troubles du sommeil sont fréquents : 45 % des personnes interrogées consomment des anxiolytiques ou de l'alcool pour « tenir le coup ».

Des initiatives tardives

Ce n'est qu'en 2019 que l'Agence régionale de santé (ARS) a mis en place un numéro vert dédié aux professionnels. Mais selon l'association Funéraire et Santé, seuls 12 % des employés y ont eu recours. « Il y a une culture du silence dans ce métier. On ne se plaint pas », explique le psychologue clinicien Antoine Roussel, spécialiste du deuil.

Un besoin de reconnaissance

Les professionnels réclament une meilleure prise en compte de leur santé mentale. « Nous ne demandons pas de médaille, mais au moins que notre souffrance soit reconnue », insiste Marc. Des formations à la gestion du stress post-traumatique sont désormais proposées dans certaines régions, mais de manière inégale.

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