La campagne de lutte contre les arboviroses a débuté le 1er mai. Les autorités sanitaires sont en alerte maximale : les maladies transmises par les moustiques et les tiques sont devenues une priorité de santé publique. L'année 2025 a été exceptionnelle. Marie Bâville, cheffe du centre de crises sanitaires à la Direction générale de la santé, n'a pas lésiné sur les superlatifs.
Un bilan 2025 alarmant
Pour la première fois en France métropolitaine, 809 cas autochtones de chikungunya, une maladie liée à la piqûre du moustique-tigre, ont été officiellement déclarés. Ce chiffre est très en deçà de la réalité, car de nombreuses personnes touchées n'ont probablement pas signalé leurs symptômes. L'explosion des cas en 2025 montre un changement d'échelle, avec deux régions particulièrement touchées : Provence-Alpes-Côte d'Azur et Nouvelle-Aquitaine. On observe également une émergence des cas de West Nile (fièvre du Nil), avec un record de 62 cas rapportés, soit deux fois plus que l'année précédente, et une extension géographique des transmissions. Par ailleurs, 30 cas autochtones de dengue ont été identifiés en métropole.
La combinaison des mesures individuelles et collectives
La Direction générale de la santé a tenu une conférence de presse à Paris pour délivrer le bilan 2025 et informer le grand public. Désormais, chacun doit prendre conscience que nous vivons dans un monde différent, marqué par le changement climatique et la mondialisation. Les moustiques-tigres, entrés en 2004 dans la métropole par le sud-est, ont colonisé 83 départements sur 96. Seuls la Bretagne, le nord de la France et la Creuse (Nouvelle-Aquitaine) sont encore indemnes.
Des actions de lutte contre les arboviroses – chikungunya, dengue, Zika et West Nile – sont mises en place par les autorités sanitaires, qui communiquent également sur les conduites à tenir et les mesures de prévention. Marie Bâville insiste : « Les mesures sanitaires des collectivités sont indispensables, mais c'est la combinaison des mesures individuelles et collectives qui se révèle efficace, sans oublier, dans certains cas précis, la vaccination. »
Un dispositif de surveillance indispensable
Le docteur Harold Noël, directeur adjoint de la direction des maladies infectieuses de Santé publique France, décrit l'intérêt du dispositif de surveillance mis en place depuis 2006. « Il a plusieurs objectifs : détecter l'introduction de nouvelles espèces, observer celles qui sont installées, identifier les cas humains importés à l'origine des arboviroses, et prévenir afin de limiter la propagation en sensibilisant les professionnels de santé au signalement obligatoire. Cela permet de rapidement assurer des campagnes de démoustication et de sécuriser les dons du sang et d'organes, car certaines personnes fragiles pourraient être impactées. Le risque de santé publique n'est pas négligeable. »
Ne pas baisser la garde
Si 2025 a été une année record, c'est en raison de l'importation de la maladie par les voyageurs revenant des territoires d'Outre-mer, où l'épidémie de chikungunya était très active. Le moustique-tigre transmet le virus d'une personne infectée à une personne saine après une période d'incubation chez l'insecte. Le docteur Harold Noël explique : « D'où l'intérêt de connaître le processus et de surveiller les symptômes au retour de ces pays ; une petite fièvre n'est jamais anodine. On ne peut pas prévoir si 2026 sera aussi exceptionnelle, mais on sait déjà que la pression d'importation sera moins importante. Pour autant, sur le territoire, le risque de démarrage de la transmission est désormais facilité. Il y aura une circulation de ces virus en raison du réchauffement climatique et de l'implantation des moustiques. Il ne faut pas baisser la garde. »
Des gestes simples pour se protéger
Les autorités sanitaires signalent que le risque d'importation et de propagation en métropole ne cesse de s'intensifier, car les maladies circulent activement à l'international et les épidémies touchent les Outre-mer. Les collectivités pratiquent la démoustication, mais cela ne suffira pas. Selon Marie Bâville : « Face à la prolifération des moustiques et aux risques sanitaires associés, chacun peut agir au quotidien pour se protéger et limiter leur expansion. Il faut absolument supprimer les eaux stagnantes, même minuscules : pots de fleurs, bâches, gouttières – la moindre flaque suffit. Cela limite le développement des larves de moustique. Pour éviter les piqûres, il est conseillé de porter des vêtements couvrants, d'utiliser des répulsifs et d'installer des moustiquaires, notamment sur les poussettes des bébés, les fenêtres et les portes. »



