Frédéric Keck : voir les animaux comme des sentinelles, pas des menaces
Animaux sentinelles : l'ère des épidémies selon Keck

Frédéric Keck : repenser notre relation aux animaux à l'ère des épidémies

Dans un entretien au Monde, l'anthropologue Frédéric Keck, spécialiste des relations entre humains et animaux, livre une analyse percutante sur la manière dont les épidémies récentes, du Covid-19 à la grippe aviaire, doivent transformer notre regard sur le monde animal. Selon lui, plutôt que de considérer les animaux comme des réservoirs de virus ou des menaces, il est urgent de les percevoir comme des sentinelles, capables de nous alerter sur les déséquilibres écologiques et sanitaires.

Les animaux, premiers indicateurs des crises sanitaires

Keck rappelle que de nombreuses maladies émergentes, comme le Sras ou le Covid-19, ont pour origine des passages de virus de l'animal à l'homme. Pourtant, insiste-t-il, « les animaux ne sont pas des ennemis, mais des partenaires dans la surveillance des risques ». En observant les comportements des oiseaux migrateurs ou des chauves-souris, les scientifiques peuvent détecter précocement l'apparition de pathogènes. L'anthropologue plaide pour une approche intégrée de la santé, dite « One Health », qui relie santé humaine, animale et environnementale.

Une invitation à changer de paradigme

Pour Frédéric Keck, l'ère des épidémies doit nous inciter à repenser nos systèmes de surveillance. Au lieu de se focaliser sur l'éradication des espèces sauvages ou le contrôle des élevages, il suggère de développer des réseaux d'observation participative, impliquant éleveurs, chasseurs, naturalistes et citoyens. « Chaque animal peut devenir une sentinelle si nous savons lire ses signaux », affirme-t-il. Cette approche, déjà expérimentée dans certaines régions d'Asie et d'Afrique, pourrait permettre de mieux anticiper les futures pandémies.

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Les leçons de la pandémie de Covid-19

La crise du Covid-19 a montré les limites d'une vision strictement humaine de la santé. Keck souligne que les mesures de confinement et de distanciation sociale, bien qu'efficaces, n'ont pas adressé les causes profondes de l'émergence virale : la déforestation, l'urbanisation sauvage et l'intensification des élevages. En traitant les animaux comme des sentinelles, nous pourrions non seulement prévenir les épidémies, mais aussi restaurer un équilibre écologique global.

Une responsabilité collective

L'anthropologue appelle à une mobilisation internationale pour mettre en place des systèmes de surveillance éco-épidémiologique. Il insiste sur la nécessité de former des « guetteurs » locaux, capables de repérer les signes avant-coureurs de maladies chez les animaux. « C'est un changement de regard qui est nécessaire : passer de la peur à l'attention, de la menace à la vigilance », conclut-il. Un message qui résonne particulièrement alors que le monde se prépare à affronter de nouvelles crises sanitaires.

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