Une crise de l'accès aux soins qui s'installe durablement en Occitanie
Pour la troisième année consécutive, la Fédération Hospitalière de France (FHF) tire la sonnette d'alarme : 76 % des habitants d'Occitanie ont renoncé à un acte de soins au cours des cinq dernières années. Ce chiffre, légèrement supérieur à la moyenne nationale de 73 %, illustre une dégradation préoccupante de l'accès aux soins dans la région.
Des délais d'attente qui s'allongent dangereusement
L'enquête Ipsos/BVA menée auprès de 2 500 personnes en France, dont 200 en Occitanie, révèle que les délais pour obtenir un rendez-vous médical continuent de se dégrader. En Occitanie, il faut en moyenne :
- 2 semaines pour consulter un médecin généraliste
- 4 semaines pour un pédiatre
- 9 semaines pour un psychiatre
- 10 semaines pour un gynécologue ou un ORL
- 12 semaines pour un ophtalmologiste
- 14 semaines pour un cardiologue
- 22 semaines pour un dermatologue
Ces délais ont progressé de manière significative par rapport aux années précédentes. Par exemple, l'accès à un généraliste nécessite désormais 2 jours de plus qu'en mars 2024 et 8 jours de plus qu'en 2019.
Les causes multiples du renoncement aux soins
Si les délais d'attente constituent le principal motif de renoncement (62 % en Occitanie contre 59 % au niveau national), d'autres facteurs entrent en jeu :
- Les raisons budgétaires (38 % en Occitanie)
- L'accessibilité géographique (39 % en Occitanie)
- La difficulté à obtenir un rendez-vous
Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF, souligne que "la situation est alarmante" et que "les difficultés d'accès aux soins s'installent durablement dans le quotidien des Français".
Des disparités territoriales marquées
Adélaïde Zulfikarpasic, directrice générale du pôle société Ipsos, précise que des disparités importantes existent entre les régions. Si certaines comme Paca ou la Nouvelle-Aquitaine sont relativement épargnées, d'autres comme le Centre-Val-de-Loire ou la Franche-Comté connaissent des difficultés accentuées.
"En Occitanie, la situation est légèrement meilleure mais avec de grandes disparités internes", ajoute-t-elle. Aucune région n'est complètement épargnée par cette crise de l'accès aux soins.
L'impact sur les services d'urgence
Cette situation a des conséquences directes sur la fréquentation des urgences hospitalières :
- 29 % des personnes s'y rendent parce qu'elles ne savent pas à qui s'adresser
- 27 % parce qu'il a été impossible d'obtenir un rendez-vous
- 27 % pour réaliser des examens complémentaires
- 18 % parce qu'un médecin leur a refusé un rendez-vous
53 % de la population française (52 % en Occitanie) a déjà vécu un retard de soins à l'hôpital au cours des cinq dernières années. Ce chiffre atteint 68 % chez les moins de 35 ans, particulièrement touchés par cette crise.
Une préoccupation majeure pour les Français
Adélaïde Zulfikarpasic insiste sur le fait que "la santé est la préoccupation numéro un des Français", alors que cette question a été peu abordée lors de la campagne présidentielle de 2022. 85 % des Français se disent révoltés par les inégalités territoriales persistantes dans l'accès aux soins.
Pourtant, 95 % expriment leur reconnaissance aux professionnels de santé, faisant "la distinction entre un système qui se fragilise et des acteurs qui continuent de tenir".
Des solutions urgentes à mettre en œuvre
La FHF propose plusieurs pistes pour améliorer la situation :
- Former davantage de médecins en fonction des besoins réels
- Améliorer le maillage territorial pour un meilleur accès aux soins
- Renforcer la coordination entre les différents acteurs de santé
Le contexte est particulièrement préoccupant : les besoins augmentent plus vite que le nombre de professionnels formés, et le déficit des établissements publics de santé atteignait 2,7 milliards d'euros en 2025.
Zaynab Riet conclut avec gravité : "Après la crise du Covid, nous nous étions dit 'Plus jamais ça'. Pourtant, l'accès aux soins continue de se dégrader". La question de la santé, profondément territoriale, devrait être au cœur des préoccupations politiques à venir.



