Au Cailar, au cœur de la petite Camargue gardoise, une association de jeunes âgés de 20 à 25 ans s'engage activement dans la vie locale. Ils portent la responsabilité de la fête et de la transmission des traditions, cultivant un véritable « esprit village ».
Une jeunesse dynamique et inclusive
« Vu de l'extérieur, on a la réputation d'être des sectaires. Pas du tout ! On accueille tout le monde à bras ouverts ! » s'exclame Lucie, cheveux blonds et lunettes de soleil sur la tête. Avec ses amies Agathe et Clara, elle participe aux « aubades » organisées par l'association, bien que celle-ci soit encore exclusivement masculine pour l'instant. Les filles soutiennent leurs « chéris » dans tous les rendez-vous.
La fête votive se déroule début août. Une semaine avant, les jeunes proposent leurs « empègues » sur les façades des maisons : un pochoir représentant un flamant, un taureau ou un trident, symbole de l'année. Les propriétaires donnent une petite pièce en échange. L'argent récolté permet aux jeunes de financer leurs propres festivités, organisées par la commune.
Un tissu associatif solide
La municipalité du Cailar bénéficie d'un tissu associatif extrêmement solide. Le club taurin Lou Sanglié organise abrivados, bandidos et déjeuners aux prés, tandis que l'association de la jeunesse en est un peu l'équipe réserve. « En ce moment, la jeunesse cailarenne est une équipe très bien, dynamique, solide… », estime Laurent Salert, premier adjoint et élu aux festivités.
Bien que l'implication des jeunes dans les fêtes remonte à l'époque de Mistral, certaines années ont vu l'association mise en sommeil. Aujourd'hui, elle est bien vivante.
Une équipe soudée
Ce samedi matin, aux Platanettes, au bord du Vistre, l'équipe qui a préparé la journée taurine est opérationnelle, vêtue de tee-shirts bleu marine. À leur tête, Bryan Ribeiro, 25 ans, mécanicien à Vauvert et président, avec Dan (23 ans, salarié à Source Perrier), Adrien (employé à la SNCF), Pierre (audioprothésiste) et Paul (événementiel sportif).
« Cela fait quatre ans qu'on s'implique, on a repris l'association juste après le Covid. On a eu des moments de doute, beaucoup de stress avant d'organiser des événements. Maintenant, on est plus à l'aise, et les gens nous suivent, jouent le jeu, ça va », sourit Bryan. « On se connaît tous par cœur, on était ensemble à l'école, au collège, au foot. Maintenant on se retrouve pour des réunions de notre association, ou au bar… », ajoute Pierre.
Transmission intergénérationnelle
Le Cailar ne compte qu'un seul estaminet, le Café de l'Avenir, où se tisse le lien social. La tradition taurine coule naturellement dans les veines des enfants. Alain Reboul, instituteur toute sa carrière, témoigne : « Dans la cour de récré, les enfants jouent au taureau et j'ai connu quelques vocations de raseteurs ! »
« Aujourd'hui, on est tous dans la vie professionnelle, reprend Bryan. On prend sur notre temps libre, week-ends, soirs, congés. Mais on a beaucoup appris en prenant ces responsabilités, ce n'est pas inutile dans nos boulots. » Le souvenir fort du groupe ? « Une année on a fait des maillots intergénérationnels… On en a distribué 700 ! » Des tee-shirts portés par la foule, du bébé d'un an à la mamie de 90 ans.
Bérenger Aubanel, capitaine de la Nation Gardiane, souligne : « C'est tellement important que les jeunes s'impliquent ! Nous avons créé une commission jeunes au sein de notre organisation, qui a un devoir de transmission de la tradition. »
Un esprit village préservé
Louis, 20 ans, militaire passionné de nature, est natif du Cailar mais non impliqué dans l'association. Ce samedi, il a invité Liam, 19 ans, cuisinier dans les Cévennes. « Je viens découvrir, dit ce dernier. Je trouve formidable la mobilisation des gens de notre âge pour conserver les traditions et l'ambiance exceptionnelle de ce village. »
Liam pourra revenir à la fête du mois d'août, qui dure une semaine et attire la foule, dont quelques « people » comme la plasticienne Sophie Calle ou le chanteur Stéphane Eicher. En 2023, ce dernier avait offert un inoubliable « déjeuner aux prés », concert gratuit devant 5 000 personnes. « On a gardé notre esprit village, c'est notre marque », conclut le premier adjoint.



