Bruno, jeune Brésilien converti, médite sur la place Saint-Pierre avant Pâques
Jeune converti brésilien médite place Saint-Pierre avant Pâques

Un jeune Brésilien en contemplation devant la basilique Saint-Pierre

Le chapelet fermement serré dans sa main, le jeune homme fixe intensément la basilique Saint-Pierre, indifférent aux acrobaties des touristes qui, tout autour de lui, multiplient les photos et les selfies. Il se nomme Bruno, est originaire du Brésil, plus précisément de l'État du Minas Gerais. Âgé de 23 ans et étudiant en économie, il est venu à Rome pour participer à un rassemblement international de jeunes catholiques.

Une conversion récente après une vie hédoniste

Bruno n'aurait jamais imaginé, il y a quelques années, se retrouver ainsi sur la place Saint-Pierre – c'est sa première visite. « Je me suis converti récemment au catholicisme, confie-t-il. Cela remonte à quatre ou cinq ans. Avant, ma vie était profondément hédoniste, je cherchais tous les plaisirs possibles, j'ai touché à tout : l'alcool, les drogues... Mais j'avais comme renoncé à vouloir être heureux, ce qui m'a finalement conduit dans une dépression sévère. Il m'est arrivé de rester un mois entier alité. Heureusement, Dieu a placé sur mon chemin les bonnes personnes au bon moment, et j'ai rencontré la foi. »

Son regard ne quitte pas la basilique. « J'étais en train de méditer devant cet édifice phare de la chrétienté, construit avec le sang des martyrs, explique-t-il. Je le perçois comme un arbre qui a grandi à partir de leur sacrifice ultime. Tous ces martyrs, et Jésus le premier d'entre eux, sont plus heureux que moi car ils se sont oubliés eux-mêmes pour donner leur vie aux autres. En contemplant cette basilique, on peut conserver l'espérance. »

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Avant qu'on ne le laisse à sa méditation, le jeune homme glisse, avec un sourire discret : « Si vous pouvez prier pour moi... » Pour rien au monde Bruno ne manquerait la célébration de la fête de Pâques, ce dimanche 5 avril, sur le parvis majestueux devant la basilique. Il souhaite ardemment, dit-il, « être présent, aux côtés du pape, pour célébrer avec lui la résurrection du Christ ».

La foule des pèlerins et touristes envahit la Ville éternelle

Il y a exactement un an, au même endroit, des fidèles recueillis se rassemblaient chaque soir pour prier et accompagner le pape François durant son hospitalisation. Le courage du pontife octogénaire, qui s'était livré à un ultime bain de foule pour Pâques la veille de son décès le 21 avril, avait suscité une admiration mondiale. Cette année, ils seront encore plus nombreux à célébrer les premières Pâques de son successeur, le pape Léon XIV.

Une affluence record pendant la Semaine sainte

En cette Semaine sainte, la foule se presse massivement sur la place Saint-Pierre. Deux jeunes Bretonnes venues de Brest pour la première fois ont d'ailleurs du mal à se faufiler pour atteindre la file d'attente compacte qui leur permettra – probablement après une à deux heures d'attente – d'entrer dans la basilique. « Il y a un monde fou, et aux musées du Vatican, c'est identique, racontent-elles. Nous n'avons pas choisi exprès cette période, nous ne pensions pas que l'affluence serait si importante. »

Dans cette masse où se mêlent pèlerins dévots et touristes curieux, l'italien résonne fréquemment. Si de nombreux Romains profitent de l'arrivée du printemps pour s'échapper à la campagne, beaucoup de leurs compatriotes effectuent le voyage vers Rome, à l'instar de nombreux étrangers. En cette période qui suit le Jubilé, la Ville éternelle exerce toujours son attraction magnétique sur les esprits.

Une tradition historique remontant au Grand Tour

« C'est une tradition très ancienne qui trouve ses racines à l'époque du “Grand Tour” aux XVIIe et XVIIIe siècles, souligne l'historien Giovanni Maria Vian, éminent spécialiste du Vatican et directeur émérite de L'Osservatore Romano. Ces voyages d'intellectuels et d'aristocrates européens qui se dirigeaient vers le sud, attirés par le soleil et irrésistiblement captivés par Rome à cause de la présence papale. Des esprits particulièrement intéressés par la Semaine sainte et ses liturgies riches en symboles. »

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Giovanni Maria Vian développe : « Il existe une vaste littérature fascinante sur ce sujet. Parmi ces nombreux témoignages, on trouve une page remarquable de Chateaubriand dans ses Mémoires d'outre-tombe. Le Mercredi saint 15 avril 1829, il rentre chez lui après la liturgie à la chapelle Sixtine. Il y décrit le déclin de l'Église romaine avec une acuité saisissante. Il évoque les offices des ténèbres, l'écoute du Miserere d'Allegri – cette pièce secrète que le jeune Mozart avait reconstituée de mémoire après une seule écoute. Chateaubriand écrit que les jours déclinaient, les ombres envahissaient les fresques de Michel-Ange, et les cierges qui s'éteignaient successivement laissaient échapper une légère fumée blanche, une image fidèle de la vie, cette “subtile vapeur” dont parle l'Écriture. »

Une attente particulière autour du nouveau pape

Le père Jean-Christophe Meyer, Mosellan nouvellement nommé recteur de l'église Saint-Louis-des-Français, vient d'accueillir des pèlerins ayant marché deux mois vers Rome ainsi qu'une famille voyageant à vélo. Il se réjouit de participer au matin du Jeudi saint à la messe chrismale dans la basilique Saint-Pierre, cérémonie annuelle où des milliers de prêtres du diocèse entourent leur évêque, en l'occurrence le pape.

« Durant cette semaine, raconte le prêtre, ces jours saints forment un cheminement qui s'enchaîne naturellement, comme une grande liturgie commençant par le dimanche des Rameaux et se prolongeant dans la célébration de la Résurrection la nuit de Pâques. Cette année est particulière puisque c'est la première Semaine sainte du pape Léon. On perçoit clairement qu'à Rome il y a une attente palpable, autour d'un pape plus jeune qui peut se déplacer aisément et vivre une liturgie en mouvement. »

Le chemin de croix : entre tradition et actualité

Le pape François avait pris l'habitude, le Jeudi saint, de se rendre dans les prisons pour laver les pieds des détenus – parfois même de migrants. Léon XIV, quant à lui, a décidé de renouer avec la tradition : célébrer la messe de la Cène incluant ce rituel du lavement dans l'église du Latran, la cathédrale papale. Le lendemain, au soir du Vendredi saint, le nouveau pape reprendra également une autre tradition tombée en désuétude avec l'âge et l'état de santé de ses prédécesseurs : il portera lui-même la croix sur le chemin de croix, comme Jean-Paul II le faisait en pleine forme – Benoît XVI également.

Cette via crucis, donnant lieu à des images impressionnantes du Colisée plongé dans la pénombre et éclairé par quelques lumières, est retransmise en direct sur la télévision publique italienne. Léon XIV a confié la rédaction de la méditation au père Francesco Patton, religieux franciscain ayant été custode des Lieux saints en Terre sainte – un choix lourd de symboles alors que cette région est à nouveau en proie à la guerre.

« Le chemin de croix demeure toujours un marqueur des convulsions du monde, précise un fin connaisseur du Vatican. Il peut revêtir une signification politique. Il y a quelques années, le pape François avait fait porter la croix par deux amies, l'une Russe et l'autre Ukrainienne, ce qui avait profondément ulcéré les Ukrainiens... »

Des célébrations historiques mémorables

La célébration que Giovanni Maria Vian garde en mémoire est celle qui eut lieu quelques jours avant la mort du pape Jean-Paul II. « Ce fut l'une des via crucis les plus émouvantes auxquelles j'ai assisté, se souvient-il. Jean-Paul II était mourant, filmé de dos dans sa chapelle privée, devant sa croix. Une autre image se superposait : celle du cardinal Ratzinger lisant les méditations qu'il avait rédigées au Colisée. C'est là qu'il avait évoqué la “saleté” dans l'Église, faisant allusion aux abus. C'était presque un manifeste électoral avant l'heure, un cri pour redresser l'Église. Je pense que c'est ce jour-là qu'il est devenu pape. »

Acmé de ces jours pascaux, la première bénédiction urbi et orbi – à la ville et au monde – de Léon XIV sera scrutée avec attention. Le pape devrait, une fois de plus, comme il l'a fait dès le soir de son élection et répété depuis, en appeler le monde à la paix. Lui dont les paroles prononcées lors du dimanche des Rameaux sont parvenues à se faufiler dans le fracas assourdissant des armes, par leur puissance évocatrice : « Dieu n'écoute pas les prières de ceux qui font la guerre. »