Un collectif de professionnels de l'enfance, de magistrats et de personnalités publiques lance un appel retentissant dans les colonnes de Libération : les violences sexuelles envers les enfants doivent être traitées comme une question de civilisation, et non comme un simple problème de sécurité publique. Dans une tribune publiée le 23 juin 2026, les signataires, parmi lesquels figurent des pédiatres, des psychologues, des éducateurs et des responsables associatifs, estiment que l'ampleur du phénomène exige une prise de conscience collective et des mesures radicales.
Un constat alarmant
Selon les données de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), reprises par le collectif, environ 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France. Un chiffre qui, selon les experts, ne représente que la partie émergée de l'iceberg, la majorité des agressions n'étant pas signalées. Le collectif dénonce un système qui, trop souvent, minimise ces crimes ou les traite comme des affaires privées. « Il est temps de reconnaître que ce fléau n'est pas une fatalité, mais le résultat d'une organisation sociale qui tolère l'impunité », écrit le groupe.
Des propositions concrètes
Pour inverser la tendance, les signataires formulent plusieurs propositions. Ils réclament notamment la création d'un parquet spécialisé dans les violences faites aux mineurs, une formation obligatoire pour tous les professionnels en contact avec l'enfance (enseignants, médecins, travailleurs sociaux), et un renforcement des moyens alloués à la protection judiciaire de la jeunesse. Ils préconisent également une campagne nationale de sensibilisation, à l'image de celle menée contre les violences conjugales, afin de briser le tabou et d'encourager les victimes à parler.
Un appel à la mobilisation générale
Le collectif insiste sur la nécessité d'une mobilisation de l'ensemble de la société. « Chaque citoyen a un rôle à jouer, que ce soit en signalant des faits suspects ou en soutenant les associations d'aide aux victimes », souligne la tribune. Les signataires interpellent également les pouvoirs publics, les invitant à faire de la protection de l'enfance une priorité nationale. « Nous ne pouvons plus nous contenter de réponses partielles. Il faut une politique globale, cohérente et ambitieuse », concluent-ils.
Des personnalités engagées
Parmi les signataires, on retrouve des figures connues comme l'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, le pédopsychiatre Marcel Rufo, ou encore l'actrice et militante féministe, Muriel Robin. Leur engagement commun témoigne d'une prise de conscience qui dépasse les clivages politiques et professionnels. « C'est une question de civilisation, car elle touche à la manière dont notre société traite ses membres les plus vulnérables », explique le collectif.
Des réactions contrastées
Si l'appel a été salué par de nombreuses associations de défense des droits de l'enfant, certains experts restent sceptiques quant à la faisabilité des mesures proposées. « La création d'un parquet spécialisé est une bonne idée, mais elle nécessite des moyens humains et financiers considérables », tempère un magistrat interrogé par Libération. D'autres pointent du doigt le manque de coordination entre les différents acteurs de la protection de l'enfance, un problème récurrent qui freine les réformes.
Un enjeu électoral ?
À l'approche des élections législatives de 2027, le collectif espère que cet appel pèsera dans le débat public. « Nous voulons que les candidats se positionnent clairement sur ce sujet et s'engagent à mettre en œuvre des mesures concrètes », affirme un porte-parole. La question des violences sexuelles faites aux enfants pourrait ainsi devenir un thème central de la campagne, au même titre que la sécurité ou l'éducation.



