Un marathon de la protection de l'enfance s'est achevé ce jeudi 21 mai à Saint-Ouen avec les assises consacrées à ce sujet sensible. Toute la journée, des professionnels des secteurs éducatif, social, médical, judiciaire, policier et associatif, ainsi que de nombreux habitants, ont participé aux tables rondes organisées sous la halle Communale.
Un plan communal pour la protection des enfants
Ces assises, organisées par la ville et Arnaud Gallais, militant et ancien membre de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), se sont achevées par la présentation du plan communal de protection de l'enfance par Karim Bouamrane, le maire PS de Saint-Ouen. La ville n'a pas été épargnée par les scandales touchant le monde périscolaire. En octobre 2025, un centre de loisirs avait été le théâtre de faits présumés d'agressions sexuelles et d'exhibitionnisme, sur fond de dysfonctionnement managérial.
« La protection des enfants est une cause locale, elle doit devenir une cause nationale. On doit passer de trois enfants par classe victimes de VSS à zéro », martèle l'élu avant d'aborder son plan. Certaines mesures, il l'assume, « vont cliver ». À commencer par l'expérimentation de la vidéoprotection « dans les espaces de circulation des écoles et centres de loisirs ».
La vidéosurveillance divise les parents
« Cette mesure est un outil dans un plan global, pas l'alpha et l'oméga du dispositif. On a déjà évoqué ce sujet avec les parents, justifie-t-il. On va sécuriser nos lieux et réduire les angles morts. Si quelqu'un emmène un enfant dans une salle, on le verra ! » L'idée divise. Corinne, une mère de famille, estime : « Après tout, pourquoi pas ? Dans les rues, les caméras ont fait leurs preuves et, vu toutes les affaires qui sortent, tout est bon à prendre. » Samia nuance : « Si cela peut être dissuasif, allons-y. Après, on doit aussi éviter de pourrir l'atmosphère avec un côté flicage. »
Layla, une autre maman, est catégorique : « Moi, je suis contre à 100 %. Qui aura accès à ces images, seront-elles protégées, comment être sûr qu'elles ne seront pas piratées ? Qui va contrôler tout cela ? » La FCPE émet également des réserves : « Sur le principe, nous privilégions les moyens humains aux instrumentations techniques en matière de surveillance. L'école publique doit rester un sanctuaire d'apprentissage. »
Des mesures complémentaires
En mairie, on assure que cette expérimentation se fera avec les parents et seulement après le feu vert de l'Éducation nationale. Les animateurs ont été consultés. Ayette, coordinatrice périscolaire, déclare : « Les premières affaires nous ont causé du tort, on l'a très mal vécu. Alors, oui, on doit faire la chasse aux brebis galeuses. La vidéo est un moyen de plus. Si on n'a rien à se reprocher, où est le problème ? »
Le plan comprend une dizaine de mesures, dont des formations pour les animateurs dès juin, le travail systématique en binôme, la création d'une délégation dédiée à la protection de l'enfance, et un organigramme des personnels accessible à tous. Dès septembre, les casiers judiciaires seront vérifiés tous les quatre mois. La ville va aussi privilégier l'embauche d'animatrices, car « 99 % des prédateurs sont des hommes », selon Karim Bouamrane.
Réactions des autorités
Le préfet de Seine-Saint-Denis, Julien Charles, a évoqué une réunion de tous les maires du département en septembre et insisté sur la nécessité d'accroître les remontées d'informations. Stéphane Troussel, président PS du conseil départemental, rappelle : « Ces violences sont un phénomène massif. Attention à ne stigmatiser personne. » Karim Bouamrane conclut : « On doit à tout prix éviter les amalgames. Nous devons sanctuariser la parole de l'enfant, tout en protégeant nos animateurs. »



