Cocoland : le tristement célèbre site Coco renaît de ses cendres
Cocoland : le site Coco renaît de ses cendres

Coco est revenu. Même interface, même fonctionnement, et des usages et profils similaires semblent réapparaître. Sous le nom de Cocoland cette fois. Sa réouverture est connue depuis le 17 avril. Sarah El Haïry, haute-commissaire à l'enfance, a aussitôt parlé d'une « vraie gifle à la promesse de protection qui a été faite. Ces sites, ce ne sont pas des lieux anodins, ils utilisent toutes les failles, ils cherchent des proies et les proies, ce sont des enfants ».

Un repère de prédateurs

L'histoire de Coco commence en 2003. Vingt ans d'impunité, quelques pétitions ignorées, des changements de nom de domaine et de pays d'hébergement à chaque polémique – Hongkong, Bulgarie, Guernesey. Parmi elles, des homosexuels piégés dans des guets-apens – une demi-douzaine documentés – et deux morts violentes : Michel Sollossi, comptable de 55 ans, tué chez lui en 2018 par un homme rencontré sur Coco ; et un homme de 22 ans, en avril 2024, victime d'un meurtre en bande organisée monté depuis le site par des mineurs.

C'est dans ce contexte que Gérald Darmanin, alors ministre de l'Intérieur, avait saisi la justice début mai 2024. Eurojust, l'agence de l'Union pour la coopération judiciaire pénale, avait coordonné, sur cette affaire, les forces de l'ordre de cinq pays (France, Allemagne, Lituanie, Pays-Bas, Hongrie).

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Le 25 juin 2024, sous l'autorité de la section Junalco (juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée) du parquet de Paris, Coco est fermé. À sa place, sur l'écran d'accueil, le logo de la gendarmerie nationale. Six mois plus tard, son fondateur tombe à son tour. Isaac Steidl est mis en examen à Paris le 9 janvier 2025, notamment pour proxénétisme aggravé et pédopornographie. Cinq millions d'euros sont gelés sur ses comptes, dans quatre pays.

Comme avant, en pire

Pour mesurer ce qui s'y joue à nouveau, l'association Face à l'inceste s'est connectée à Cocoland pendant 30 minutes, avec un faux profil, celui de Lou, 13 ans. En moins d'une minute, trois hommes la sollicitent ; au bout de dix minutes, ils sont 15. Tous adultes. Tous informés de l'âge déclaré. Sur la plateforme, en parallèle, 2 500 profils sont connectés.

Les extraits que l'association qui lutte contre les violences faites aux enfants, nous a fournis, montrent une résurgence du site qui apparaît toujours comme un repère de prédateurs. Lou : « Pourquoi tu m'envoies ça ? C'est choquant. J'ai 13 ans. » Guest57589 : « Je t'envoie pour te faire plaisir. »

Nous avons nous aussi fait notre propre vérification, en quelques minutes avec un profil féminin de 13 ans, aucun message envoyé de notre part, juste une notification d'entrée sur le forum avec notre âge et notre sexe ; les sollicitations arrivent quand même, par des hommes avec des profils allant de 45 à 60 ans. Aucune vérification d'âge à l'inscription, aucun modérateur visible. Reste à dire que les enfants ne débarquent pas par hasard sur ce genre de plateforme : ils sont d'abord repérés ailleurs, sur Roblox, Discord, ou via les tchats de jeux vidéos en ligne, puis ramenés ici une fois la confiance installée. Coco prend ensuite le relais, anonyme, sans modération, sans archives. À l'heure où ces lignes s'écrivent, Cocoland est toujours en ligne. Lou n'existe pas. Les autres, si.

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