L'impact durable de la pauvreté sur les trajectoires de vie
Des enfants déambulent devant un immeuble inoccupé du quartier populaire de Cantepau, à Albi, un cliché daté du 4 février 2026 qui illustre les réalités sociales persistantes. Une analyse scientifique vient quantifier les conséquences à long terme de la précarité précoce.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
À l'âge de 26 ou 27 ans, 28% des individus ayant subi une pauvreté sévère à l'entrée au collège se retrouvent dans la catégorie dite « NEET » - ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ce taux contraste brutalement avec les 10% observés parmi ceux épargnés par la pauvreté durant leur scolarité.
Le fossé ne s'arrête pas là. Ces mêmes personnes, marquées par la précarité adolescente, sont 29% à résider encore chez leurs parents à cet âge charnière, contre seulement 17% dans le groupe des non-pauvres. Parmi ceux qui ont malgré tout accédé à l'emploi, près d'un sur trois perçoit une rémunération classée parmi les 20% les plus faibles de leur génération.
Une étude longitudinale révélatrice
Ces résultats proviennent d'une note d'analyse approfondie du chercheur Clément Peruyero, affilié à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Publiée le 12 février par le Haut Commissariat à la stratégie et au plan, cette recherche s'appuie sur un suivi exceptionnel.
Le chercheur a analysé le parcours de 18 000 personnes interrogées à deux moments clés : en 2008, alors qu'elles débutaient le collège vers 11 ans, puis en 2023, à l'aube de la vie adulte vers 26-27 ans. Cette cohorte unique combine un panel d'élèves de sixième constitué en 2007 par la Direction des statistiques de l'éducation nationale (DEPP) avec les données de l'enquête « Entrée dans la vie adulte » (EVA) de l'Insee.
Éclairer les mécanismes de reproduction sociale
Cette méthodologie rigoureuse permet d'éclairer sous un jour nouveau deux phénomènes sociaux majeurs. D'une part, elle documente précisément l'impact délétère de la pauvreté sur le parcours scolaire et post-scolaire. D'autre part, elle révèle les mécanismes concrets de la transmission intergénérationnelle de la précarité.
L'étude démontre ainsi comment les difficultés économiques rencontrées durant l'adolescence créent des obstacles durables, affectant l'autonomie résidentielle, l'accès au marché du travail et la qualité de l'emploi obtenu. Ces constats soulignent l'urgence de politiques publiques ciblées pour briser ce cycle de reproduction des inégalités.