La course au logement pour la rentrée universitaire s'intensifie depuis la proclamation des résultats du bac. Comme chaque été, trouver un logement abordable relève du parcours du combattant pour les étudiants, confrontés à une pénurie de logements accessibles et à l'envolée des loyers. « Aujourd'hui, trop d'étudiants ne choisissent plus leurs études, c'est le prix du logement qui choisit pour eux », s'alarme l'association Que Choisir Ensemble, qui a mené l'enquête dans onze grandes villes universitaires.
Rennes, une attractivité sous tension
Rennes, qui a accueilli l'an dernier plus de 80 000 étudiants, illustre cette situation. « Ce nombre a progressé de 40 % en quinze ans et on devrait encore avoir 3 000 étudiants de plus à l'horizon 2030 », souligne Honoré Puil, vice-président de Rennes métropole en charge du logement et de l'habitat. Cette attractivité a un revers : une forte tension sur le marché locatif, même si « la rentrée s'annonce un peu moins tendue cette année selon les agences immobilières », précise l'élu.
La capitale bretonne, comme toutes les grandes villes universitaires, manque cruellement de logements Crous. « Il n'y a que sept logements pour cent étudiants, donc très peu de demandes aboutissent, même pour les étudiants boursiers », souligne Laure Chabot, vice-présidente étudiante du Crous Bretagne.
Un désengagement de l'État ?
La situation ne va pas s'améliorer de sitôt : seule une résidence universitaire de 250 studios doit sortir de terre en 2028. « Il faudrait investir massivement dans la construction de logements Crous mais l'État s'est totalement désengagé », tacle Elouan Le Guilly, élu du syndicat étudiant Union Pirate. Face à cette pénurie, les bailleurs sociaux tentent de construire davantage, avec plus de 700 logements étudiants qui seront livrés d'ici 2032 dans la métropole rennaise, un chiffre encore insuffisant face à la demande croissante.
Le privé comme alternative
De nombreux étudiants n'ont alors d'autre choix que de se tourner vers le privé : particuliers, agences immobilières, mais aussi de plus en plus de résidences privées. De grands acteurs nationaux ou promoteurs locaux ont investi massivement sur ce marché. « C'est un marché aujourd'hui mature qui répond à une réalité locative et économique », analyse Édouard Fourniau, président de Consultim Groupe, spécialisé dans les résidences services.
Les résidences étudiantes privées poussent comme des champignons à proximité des campus. Rien qu'à Rennes, leur nombre a augmenté de 57 % entre 2020 et 2026, et cela va se poursuivre avec près de 4 000 nouvelles places créées dans les six prochaines années. « Après la crise immobilière, beaucoup ont choisi d'investir dans ces résidences privées car la demande est très forte et c'est aussi un produit de défiscalisation, l'un des seuls qui restent », observe Honoré Puil.
Des loyers élevés pour des services
Moyennant un loyer allant, à Rennes, de 500 à 750 euros par mois charges comprises, ces résidences proposent des studios meublés et équipés, avec wifi, salle de sport, espaces partagés pour le travail ou la détente. Un budget conséquent pour les étudiants. Laure Chabot a vécu dans l'une de ces résidences : elle payait 610 euros par mois pour un studio de 20 m². « Je suis partie au bout de six mois car c'était beaucoup trop cher, souligne l'étudiante en santé publique. Je suis maintenant chez un particulier et je paye 600 euros pour un 40 m² », assure-t-elle.
Une marchandisation du logement étudiant
Selon la vice-présidente étudiante du Crous Bretagne, ces résidences privées n'ont qu'un but lucratif. « Cela précarise encore plus les étudiants qui doivent dépenser plus pour se loger », assure la jeune femme, qui dénonce « une marchandisation du logement étudiant ». « On n'a malheureusement pas d'autre choix pour se loger », déplore aussi le syndicaliste Elouan Le Guilly. Édouard Fourniau ne nie pas cette tension « très forte ». « On n'est pas le Crous, il y a derrière des acheteurs qui attendent une rentabilité », insiste-t-il, ajoutant que « cela rassure aussi des parents de trouver cette solution pour leur enfant car il y a un accueil, des services et tout un environnement sécurisé ». À condition de pouvoir se l'offrir.



