Une action symbolique pour dénoncer l'abandon des logements vacants
Ce mercredi 25 février, des membres de l'association Environnement et patrimoine du bourg d'Eysines (EPBE) ont arpenté l'avenue de la Libération dans le centre-ville. Nadia, Frédéric, Guy et quelques autres ont fait halte à des endroits précis pour coller des affiches jaune pétard sur des portes, volets ou murs de maisons longeant cette artère centrale.
« C'est de la colle à papier peint. On n'est pas là pour dégrader », précise Monique Guédon, la présidente de l'association qui accompagnait ses troupes. Cette action coup de poing organisée par un groupe de retraités n'a rien de gratuite.
Neuf logements vides préemptés par la Métropole
« Nous mettons ces affiches sur des logements vacants pour inciter la Métropole qui les a préemptés à les remettre sur le marché », explique Monique Guédon. « Notre association a fait un recensement : rien que dans le périmètre du vieux bourg, on dénombre neuf logements vides pour la Métropole et 14 autres appartenant à des particuliers. »
Les affiches collées ont été rapidement enlevées par les autorités, mais le message est passé. Concernant les préemptions, la force publique évoque des réserves foncières ou la mise en œuvre d'une politique locale de l'habitat.
Des projets qui traînent depuis des décennies
« Mais rien ne se fait. Les projets traînent depuis dix, voire vingt ans, selon les cas », poursuit la présidente de l'association. « Résultat, ces maisons en pierre sont à l'abandon. Certaines sont murées. Cela défigure notre centre historique. »
EPBE se bat depuis des années auprès de Bordeaux Métropole pour obtenir la libération des biens immobiliers inoccupés. « Ceux-ci pourraient être revendus à prix symbolique à des particuliers souhaitant les restaurer pour les habiter. En plus la Métropole a besoin d'argent… »
La dévalorisation du quartier et du patrimoine
Au-delà de la préservation du patrimoine bâti du bourg, caractérisé par la présence de nombreuses échoppes, l'association met en avant la dévalorisation des biens environnants et la perception négative du quartier. « Les habitants se désolent d'avoir ça autour de chez eux », confirme une habitante domiciliée à deux pas.
L'association voudrait aussi que la commune mène des démarches plus actives en direction des propriétaires de maisons privées vacantes. Le problème dépasse ainsi le seul cadre des préemptions métropolitaines.
La réponse de la présidente de Bordeaux Métropole
« Nous sommes dans une stratégie au long cours. On ne préempte pas tout et n'importe quoi. On cible des endroits qui peuvent faire sens », assure de son côté Christine Bost, maire et présidente de Bordeaux Métropole.
L'élue dit assumer son choix : « Je préfère qu'on prenne du temps et avoir des projets respectueux de l'identité du patrimoine existant du bourg. » Elle cite l'exemple de l'îlot « abîmé » partiellement squatté de l'impasse du Vieux puits qui borde l'avenue de la Libération.
« On aurait pu y construire 35 logements. Lorsque les coûts de construction augmentent, les promoteurs sont toujours tentés de se récupérer en produisant des opérations plus denses. Je n'ai pas voulu céder. Il faut trouver les moyens de faciliter la mise en œuvre d'un projet cohérent. D'ailleurs, on n'est pas loin de toucher au but. »
Des logements d'urgence envisagés
À noter que d'autres habitations vides du bourg auraient vocation à servir de logements d'urgence, notamment pour protéger des personnes victimes de violences intrafamiliales. Cette perspective pourrait offrir une solution alternative pour certains de ces bâtiments abandonnés.
Le conflit entre l'association citoyenne et les autorités métropolitaines illustre ainsi les tensions entre préservation patrimoniale, développement urbain et besoins sociaux, dans un contexte de pénurie de logements accessibles.



