Béziers lance une chasse au mal-logement avec le permis de louer obligatoire
Béziers : chasse au mal-logement avec permis de louer

Béziers et son agglomération déclarent la guerre au mal-logement

Dans le centre de Béziers et l'ensemble de l'agglomération, une chasse impitoyable au mal-logement est désormais engagée. Tout propriétaire souhaitant louer un bien dans ce périmètre doit obligatoirement obtenir un permis de louer, un dispositif destiné à éradiquer les taudis et les habitations indignes qui empoisonnent la vie de nombreux locataires.

Des témoignages qui glacent le sang : « L'eau coule le long de l'ampoule au plafond »

Les récits des habitants touchés par ce fléau sont édifiants. Gwendoline, 47 ans, a dû quitter son logement de la rue des Anciens-Combattants à Béziers après trois dégâts des eaux successifs, l'effondrement du plafond, des infiltrations permanentes et des invasions de cafards et de rats. « Tout l'immeuble est comme ça », se désole-t-elle, contrainte de continuer à payer un loyer pour un logement inhabitable.

Sa fille nous ouvre les portes de l'appartement : le faux plafond s'est écroulé, l'humidité a rongé la maçonnerie qui s'effrite. À l'étage, le propriétaire a placé des bassines sous les fuites du toit, en vain. « Pendant les dernières pluies, c'était une vraie cascade ici. Il a fallu couper l'électricité », témoigne la jeune femme.

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Ce cas extrême n'est malheureusement pas isolé. Gwendoline a créé un compte TikTok pour alerter sur la situation, recueillant 250 000 visiteurs et des commentaires de nombreux autres locataires dans la même détresse. Le courrier des lecteurs de Midi Libre à Béziers regorge également de signalements accompagnés de photos accablantes : Dylan, rue du Cygne, dénonce des murs humides et un air malsain ; Barbara, à Servian, se dit « désespérée » de vivre dans un logement où « l'eau coule le long de l'ampoule au plafond ».

Un problème massif : 8 à 10% de logements potentiellement indignes dans l'Hérault

Selon les chiffres de la préfecture, en 2022, 8 à 10% des logements du parc privé départemental étaient considérés comme « potentiellement » indignes, un taux trois à quatre fois supérieur à la moyenne nationale. À Béziers, bien que des statistiques comparables fassent défaut, la réalité du terrain est saisissante.

Pour y faire face, l'agglomération a mis sur pied un service dédié de cinq agents – bientôt sept – chargé d'accorder les précieux permis de louer. Adopté en 2017 par Béziers et neuf communes voisines, le dispositif s'applique désormais à toute l'agglomération, avec une zone d'application particulièrement vaste dans la ville centre.

« Le principe est simple », explique Denis Lemanceau, directeur du département Habitat et Solidarités. « Le propriétaire envoie un dossier complet avec les diagnostics et doit accepter une visite de nos techniciens sur place. » L'objectif : vérifier que le logement est habitable en toute sécurité et inciter les propriétaires à réaliser les travaux nécessaires.

En 2025, sur les 1 100 demandes instruites (dont 848 à Béziers), seulement 29% ont été acceptées sans condition, 50% l'ont été sous réserve de travaux, et 20% ont été purement et simplement refusées avec prescription de travaux obligatoires.

Un dispositif efficace mais confronté à ses limites

Si le permis de louer montre son efficacité, il atteint néanmoins ses limites face aux propriétaires indélicats ou aux marchands de sommeil qui ne déclarent pas leurs biens. Les techniciens, lors de leurs visites, découvrent parfois des situations ubuesques : des garages transformés en logement, des studios sans fenêtres…

« On voit beaucoup moins de taudis qu'avant », assure cependant Frédéric Bernat, responsable du bureau hygiène de l'habitat à la mairie de Béziers. « La bascule s'est opérée en 2015, quand nous avons été les premiers dans l'Hérault à signer un partenariat avec la Caisse d'allocations familiales. Si le propriétaire ne fait pas les travaux dans les délais, nous pouvons bloquer les aides au logement qu'il perçoit directement au nom de son locataire. » Une mesure appliquée dans la moitié des signalements transmis par la Caf.

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Le service municipal, qui intervient uniquement sur signalement à Béziers, est actuellement débordé après plusieurs semaines de pluies intenses. En 2025, ses quatre techniciens ont effectué 204 visites, dont seulement huit ont conclu à un logement « impropre à l'habitation ». « On travaille moins en été, mais plus en hiver, et notamment en ce moment », soupire Frédéric Bernat.

Autre tendance préoccupante : l'aménagement des combles, souvent non conformes. « Sur 35 m2, vous n'avez que 3 m2 avec les 2,20 mètres réglementaires sous plafond. Vous vivez donc courbés ! » déplore le responsable.

Les candidats aux municipales se saisissent du sujet

Le mal-logement s'invite dans la campagne des élections municipales. Le maire sortant Robert Ménard met en avant son bilan : « J'ai instauré le permis de louer pour lutter contre les marchands de sommeil et j'ai multiplié par huit les subventions pour aider les propriétaires. » Il annonce l'extension du dispositif à d'autres quartiers et la reconstruction de résidences entières.

Face à lui, Thierry Mathieu dénonce une situation intolérable pour les classes moyennes, « trop riches pour les logements aidés, trop modestes pour acheter ». Il promet d'aider les petits propriétaires à rénover et de conditionner la construction neuve à une part de logements sociaux.

Thierry Antoine, quant à lui, propose des baux réels solidaires pour un accès à la propriété à moindre coût, des rénovations thermiques et la transformation de grands logements en T2/T3. Julien Gabarron et David Ocard n'ont pas répondu aux sollicitations.

Que faire face à un logement indécent ?

Pour les locataires confrontés à un logement non conforme, la première démarche consiste à saisir le propriétaire par lettre recommandée pour exiger des travaux. En cas d'inaction, plusieurs recours existent :

  • Utiliser la plateforme nationale Signalement Logement.
  • Contacter le numéro vert départemental 0806 706 806 pour l'Hérault.
  • Pour les Biterrois, s'adresser directement aux inspecteurs de salubrité du service Hygiène Environnement de la mairie.

La bataille contre le mal-logement à Béziers est engagée, mais elle se heurte encore à l'ampleur du problème et à la complexité des situations vécues par des locataires souvent précaires.