Un an après l'incendie dévastateur, la résidence Réunion d'Aytré reste une cicatrice urbaine
Les automobilistes qui empruntent quotidiennement l'avenue du Général-de-Gaulle et le boulevard de la Mer pour rejoindre La Rochelle par Aytré sont désormais habitués à ce spectacle désolant. Au carrefour de ces deux artères, un bâtiment continue de dépérir, semaine après semaine, formant une véritable verrue dans le paysage local. Le 26 février 2025, un incendie d'une violence rare avait ravagé une partie de la résidence Réunion située rue Pierre-Loti, laissant derrière lui des questions sans réponses et des vies bouleversées.
Seize logements sociaux réduits en cendres
Ce jour-là, vers 14h30, le feu s'est déclaré dans un jardinet en rez-de-chaussée avant de se propager avec une rapidité alarmante au bardage en bois de la résidence. En quelques heures, seize logements sociaux ont été détruits dans ce bâtiment pourtant récent, construit seulement huit ans plus tôt en 2017. Par miracle, l'incendie n'a fait aucune victime directe, permettant aux 34 locataires sinistrés d'être rapidement relogés par leur bailleur, Habitat 17.
Un an après cette tragédie, la situation semble figée dans le temps. Mikaël Jungers, directeur d'Habitat 17, ne cache pas son amertume : « C'est malheureusement le statu quo. La résidence est toujours au cœur d'une bataille d'expertises qui n'en finit pas. »
La lenteur des expertises judiciaires et assurantielles
Le bâtiment incendié se trouve aujourd'hui pris dans un véritable étau procédural. D'un côté, les compagnies d'assurance s'accusent mutuellement de responsabilité, rejetant la faute les unes sur les autres dans un jeu de ping-pong juridique qui retarde toute prise de décision. De l'autre, l'expertise judiciaire mandatée pour déterminer les causes exactes de l'incendie n'a toujours pas rendu ses conclusions définitives.
« En septembre dernier, nous avons tous été conviés à une première réunion d'expertise qui a duré une demi-journée entière, raconte Mikaël Jungers. Mais l'expert a rapidement fait savoir que cette évaluation préliminaire était insuffisante pour établir un rapport complet. Une nouvelle session est désormais programmée pour le printemps prochain, avec l'espoir d'obtenir enfin un rapport définitif avant l'été. »
Un bâtiment ouvert aux quatre vents qui continue de se dégrader
Si le site a été mis en sécurité immédiatement après l'incendie, les dégâts continuent de s'aggraver avec le temps. « Un tiers des logements est techniquement intact, précise le directeur du bailleur. Mais l'ensemble du bâtiment a perdu son toit et se trouve désormais exposé aux éléments. Il subit quotidiennement les assauts du vent, de la pluie, et même de la neige lors des épisodes hivernaux. »
Cette dégradation progressive affecte directement les quinze locataires qui continuent d'habiter dans la partie épargnée par les flammes. « En janvier 2026, nous les avons réunis pour leur faire un point complet sur la situation, explique Mikaël Jungers. Pour eux, vivre dans cet environnement délabré n'est évidemment pas très agréable au quotidien. »
Tant que les expertises ne seront pas terminées, toute intervention sur le bâtiment reste strictement interdite. « Nous ne pouvons même pas couvrir provisoirement la structure ou enlever le bardage carbonisé qui menace de tomber. Nous sommes littéralement obligés d'attendre que la justice et les assureurs se mettent d'accord. »
Une reconstruction possible mais lointaine
Quand le feu vert sera enfin donné, le bâtiment ne devrait pas être entièrement démoli selon les premières estimations. « Nous pourrons probablement conserver les fondations et la structure porteuse qui semblent avoir résisté aux flammes, explique le directeur d'Habitat 17. Il suffira alors de rénover complètement les appartements endommagés. »
Ce chantier de reconstruction s'annonce cependant particulièrement lourd et long, nécessitant des mois, voire des années de travaux une fois toutes les autorisations obtenues. Parallèlement, la personne qui serait à l'origine involontaire du départ de feu devrait être prochainement renvoyée devant un tribunal pour répondre de ses actes.
Le cas parallèle de Puilboreau
À quelques kilomètres de là, à Puilboreau, un autre bâtiment social attend lui aussi des décisions cruciales. Dans la nuit du 7 au 8 mai 2024, une explosion d'une rare violence éventrait la résidence Les Vignes Pourpres, rue des Fléneaux. La déflagration avait soufflé pas moins de 31 logements sociaux, ne faisant heureusement qu'une seule blessée : l'homme suspecté d'être à l'origine du drame, qui aurait tenté de se suicider en ouvrant délibérément les conduits de gaz.
En mai 2025, le tribunal correctionnel le condamnait à six mois de prison avec sursis et 500 euros d'amende. L'homme avait fait appel de cette décision, mais a tragiquement mis fin à ses jours en octobre dernier, laissant derrière lui un immeuble toujours en attente de reconstruction.
Le bailleur Domofrance, gestionnaire de la résidence, annonce désormais que la partie droite du bâtiment A, au niveau de la cage d'escalier particulièrement endommagée, va finalement être démolie à partir du deuxième semestre 2026. L'autre côté du site, moins touché, sera quant à lui réhabilité à l'identique, offrant un semblant de normalité aux habitants qui ont traversé ces épreuves.



