La parole se libère sur les violences sexuelles exercées par certains animateurs périscolaires. À Paris, mais pas seulement, comme le révèle un livre à paraître cette semaine (Les rois du silence, Victoire Haffreingue-Moulart, Robert Laffont). Pendant ce temps, les responsables politiques ne semblent guère pressés de s’exprimer sur le sujet, malgré son retentissement sur de très nombreuses familles, puisque plus de six millions d’enfants en France fréquentent une crèche, une école maternelle ou élémentaire.
Un réquisitoire sans cible précise
Gérald Darmanin, dans La Tribune Dimanche, dresse un réquisitoire contre le système de protection des mineurs, mais ne cible pas les violences exercées dans le périscolaire. Pourtant, le même jour, la procureure de Paris, Laure Beccuau, donne des informations choquantes sur le nombre d’établissements concernés, dans la capitale, par des cas présumés de violences exercées par des animateurs périscolaires : 84 écoles maternelles, une vingtaine d’écoles élémentaires et une dizaine de crèches.
78 animateurs suspendus depuis le début de l’année
Elle signale que depuis le début de 2026, 78 animateurs périscolaires ont été suspendus, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles.
Lundi matin, au micro de RTL, le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, entendait rassurer les parents et sous-entendait que les vingt arrondissements, tous concernés, étaient passés depuis son élection de l’ombre à la lumière : « Je veux dire aux parents qu’ils doivent avoir confiance, nous avons mis des verrous. »
Il inaugurait, quelques heures plus tard, une convention citoyenne sur les temps de l’enfant. Que de jolis mots pour recouvrir une réalité beaucoup moins riante !
Un déni de réalité
Le problème, c’est qu’Emmanuel Grégoire n’est pas tombé de la dernière pluie. Il ne découvre pas soudainement une situation dont il n’avait pas eu à connaître jusque-là. Il a été adjoint, puis premier adjoint, d’Anne Hidalgo de 2014 à 2024.
Or, comment exiger la confiance des parents si l’on n’assume pas soi-même ses responsabilités ? Car les premiers signalements remontent à 2015. Ils n’ont été suivis d’aucune mesure notable et ont été fourbement glissés sous le tapis.
Personne ne demande à Emmanuel Grégoire de se livrer à une autocritique à la chinoise. Mais peut-être peut-il, à tout le moins, ne pas donner le sentiment qu’il découvre la situation. Il s’était déjà illustré, le 19 mars dernier, lors de la campagne municipale, sur BFMTV, quand il s’était comporté comme un simple observateur, et non comme un acteur à part entière des défaillances de la municipalité.
Trois raisons de ne pas minimiser
Il a tort, pour au moins trois raisons. Tout d’abord, les deux oppositions auxquelles il fait face, celle de la droite républicaine et celle de LFI, incarnée par la très agressive Sophia Chikirou, ne le lâcheront pas sur ce sujet et lui feront payer cher toute dérobade.
Ensuite, il incarne, avec tous les autres maires de France, la dernière catégorie d’élus auxquels les Français accordent encore du crédit. Il faut tout faire pour ne pas l’éroder. Enfin, il a bâti sa candidature, et construit sa victoire, sur l’absence de compromission, notamment avec la gauche radicale. Cela n’aura eu aucun sens s’il ne fait pas toute la lumière sur un mécanisme désinvolte, concernant le recrutement, mais aussi le suivi de ces animateurs, mécanisme dont il a été lui-même l’un des rouages.
Sur les violences faites aux enfants, les « rois du silence » prennent tous le risque de perdre leur couronne.



