Les claques ont résonné dans le tribunal. « Voilà monsieur, ce que font de simples gifles », assène Laurie Duca, la présidente du tribunal ce mercredi matin. Dans le box vitré, le prévenu se tait. « Vous êtes rentré avec la main enflée, ça suppose des coups portés avec une certaine puissance », continue la magistrate.
Un déchaînement de violence
En face d'elle, S, la quarantaine, comparaît pour violence sur sa concubine. Des faits qui se sont produits à la mi-février 2026. L'homme a frappé tellement longtemps, tellement fort que l'hôpital qui a examiné la victime au lendemain des faits a déclaré 30 jours d'ITT, ramenés à 25 par l'expertise médicale. Parmi les sévices relevés : des hématomes, des cheveux arrachés, des ecchymoses au niveau de l'orbite, un arrachement osseux au poignet gauche mais aussi… des traces de strangulation. À la prise en charge de la victime, l'association Montjoye, qui accompagne localement les victimes de violence, a fait un signalement d'adulte en danger.
« Un sac de frappes »
« Il l'a traitée comme un sac de frappes », analyse le procureur de la République Anthony Carello. Il continue : « On est dans les prémices d'un féminicide : on a un contrôle coercitif, de l'emprise ». Et les marques de strangulation, une alerte particulièrement forte pour les autorités. Dans la salle, le récit des faits est glaçant. Le point d'orgue d'une relation ponctuée de maltraitances. « Vous lui dites qu'elle ne mérite pas de vivre, vous l'empêchez d'avoir un smartphone », énumère le tribunal.
De grandes fragilités
« Comment expliquez-vous cette situation ? », demande la présidente à cet homme qui commence par s'excuser avant de charger la victime. « Elle aime prendre des risques », justifie-t-il. « Monsieur a ses torts, mais il y a une difficulté pour elle à se défaire », plaide maître Katia Saffioti, avocate de la défense. Sa collègue, maître Mélanie Junginger, retrace le parcours de vie émaillé de violences de son client, depuis sa plus tendre enfance. « La fragilité de ma cliente fait qu'elle est dans une relation de dépendance, poursuit la partie civile maître Lauriane Ciais. Il est très difficile pour une victime de violences conjugales de sortir de cette emprise. » Et d'appeler à ce qu'elle soit protégée, également contre elle-même.
Le tribunal a condamné le prévenu à 3 ans d'emprisonnement avec un maintien en détention ainsi qu'une interdiction d'entrer en contact et d'apparaître au domicile de la victime.



