Une évasion audacieuse qui interroge la sécurité des prisons
Un jeune homme incarcéré à la maison d'arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis, a réussi une évasion spectaculaire samedi 7 mars avec l'aide de trois complices se faisant passer pour des policiers. Cette opération menée en plein jour soulève des interrogations majeures sur la vulnérabilité des établissements pénitentiaires français et leurs procédures de sécurité.
Un scénario bien rodé en plein jour
Ilyas Kherbouch, né en mars 2005 et surnommé « Ganito », devait initialement sortir de prison en 2035 selon les informations communiquées par la procureure de Paris, Laure Beccuau. Le jeune homme, connu de la justice pour de multiples faits de vols aggravés, purgeait quatre peines et était placé en détention provisoire dans deux autres affaires.
Le mode opératoire de cette évasion est particulièrement inhabituel. Vers 16 heures samedi, trois individus se sont présentés à la prison de Villepinte munis de faux documents de police et de faux documents judiciaires. Ils prétendaient venir chercher Ilyas Kherbouch pour une prétendue garde à vue, selon les premiers éléments de l'enquête révélés par le parquet.
Des failles dans le système pénitentiaire
« Après la fouille avec palpation d'usage » et l'examen des documents présentés, « les agents pénitentiaires ont remis le détenu » aux faux policiers, qui ont immédiatement quitté les lieux, a précisé une source proche du dossier. Ce n'est qu'au bout de quarante-huit heures, délai maximal d'une garde à vue, que la prison s'est inquiétée de ne pas voir revenir le détenu, révélant ainsi son évasion.
Yoan Karar, secrétaire général adjoint FO-Justice, a déploré cette situation : « On est encore sur un système qui, en 2026, est complètement archaïque. On travaille beaucoup sur du document papier alors qu'avec l'intelligence artificielle, on fait des documents qui paraissent plus vrais que vrais, avec des tampons juridictionnels et sur lesquels on n'a aucun contrôle. »
Un criminel multirécidiviste
Ilyas Kherbouch était bien connu des services judiciaires, principalement pour des vols aggravés. Son casier judiciaire est particulièrement chargé :
- Condamnation en 2023 à quinze mois d'emprisonnement pour vol aggravé et rébellion en récidive
- Condamnation en 2024 à douze mois d'emprisonnement pour recel de vol aggravé en récidive
- Condamnation en 2024 à sept ans de réclusion criminelle pour vol à main armée en bande organisée, enlèvement et séquestration
- Condamnation début 2026 à quatre ans et six mois d'emprisonnement pour association de malfaiteurs en récidive
- Condamnation début 2026 à quarante-deux mois d'emprisonnement pour vols avec violence en bande organisée en récidive
La victime de la séquestration n'était autre que le chef italien du George V à Paris, Simone Zanoni. Concernant les dossiers encore en cours, Ilyas Kherbouch a été mis en examen fin 2025 dans l'affaire du homejacking en 2023 de Gianluigi Donnarumma, l'ancien gardien de but du PSG.
Enquêtes multiples et mesures immédiates
L'enquête sur cette évasion atypique a été confiée à la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Paris pour évasion en bande organisée et association de malfaiteurs. L'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) et la Direction de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris (DPJ-PP) ont également été mobilisés.
En parallèle, la direction de l'administration pénitentiaire (DGAP) diligente une enquête interne pour déterminer les circonstances précises de cette évasion, et l'Inspection générale de la justice (IGJ) a été saisie par le garde des Sceaux.
Des consignes ont immédiatement été transmises à l'ensemble des chefs d'établissements pénitentiaires afin de sensibiliser leur greffe à ce mode opératoire inédit. Les vérifications systématiques auprès du greffe de l'autorité judiciaire mandante devront désormais être effectuées en amont de toute sortie de détenu.
Contactée par les médias, l'avocate d'Ilyas Kherbouch, May Sarah Vogelhut, n'a pas souhaité commenter cette affaire qui continue de défrayer la chronique et de questionner les dispositifs de sécurité des prisons françaises.



