18 mois avec sursis pour le tir mortel d'un gypaète barbu, espèce protégée
Tir mortel d'un gypaète barbu : 18 mois avec sursis

Un tir "instinctif" coûteux pour un chasseur lozérien

Un homme de 58 ans, résidant à La Fage-Saint-Julien en Lozère, a été condamné ce jeudi 26 mars 2026 à 18 mois de prison avec sursis par le tribunal de Mende. Il devait répondre de la destruction intentionnelle d'une espèce strictement protégée, en l'occurrence un gypaète barbu, l'un des rapaces les plus menacés d'Europe.

Une procédure accélérée qui suscite des questions

L'affaire était jugée en comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), une procédure habituellement expéditive. Cependant, le président du tribunal, Yves Gallego, a pris un temps inhabituel pour revenir sur les faits. "On n'a pas besoin en principe de revenir sur le fond du dossier. Mais j'ai bien lu les synthèses, les auditions, et il y a des choses que je ne comprends pas...", a-t-il déclaré en ouverture d'audience.

Le délit, passible de trois ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende selon le Code de l'environnement, a valu au prévenu la peine de 18 mois avec sursis ainsi que la confiscation de son arme.

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Les faits : une battue au grand gibier qui tourne mal

Les événements remontent au début du mois de janvier 2026. Un gypaète barbu femelle, âgée d'environ cinq ans et nommée Pyrénées, a été retrouvée morte sur le causse Méjean, sur la commune de La Malène. L'autopsie a révélé que l'oiseau avait succombé à des impacts de plombs.

Ce spécimen avait été réintroduit dans le Parc national des Cévennes dans le cadre du projet européen LIFE GypConnect, destiné à la conservation de cette espèce emblématique.

Lors de l'audience, le chasseur a répété la version des faits qu'il avait déjà donnée aux gendarmes. Il participait à une battue au grand gibier. Alors que la chasse était théoriquement terminée et son fusil ouvert, il est resté sur zone, espérant encore tomber sur du gibier. C'est à ce moment qu'il a aperçu une ombre au sol.

La défense : une confusion fatale avec un corbeau

"Avec le soleil, je n'ai vu qu'un oiseau noir", a expliqué le prévenu. "J'ai eu un mauvais réflexe : j'avais la cartouche, le fusil ouvert. Je l'ai mise dedans et j'ai fait un tir instinctif." Il a affirmé avoir cru, en raison du contre-jour et des branches, apercevoir un simple corbeau.

Le président du tribunal a immédiatement relevé l'incohérence d'une telle confusion. "On fait quand même la distinction entre un corbeau et un gypaète barbu. Ce n'est pas la même dimension", a-t-il souligné. En effet, le gypaète barbu peut atteindre une envergure de 2,8 mètres, là où le corbeau dépasse rarement 1,6 mètre.

Après s'être excusé, l'homme a tenté de justifier son geste en qualifiant les corbeaux de nuisibles pour les agriculteurs. Le magistrat lui a fermement rappelé que tirer sur un oiseau, quel qu'il soit, lors d'une battue au grand gibier, constituait en soi une violation des règles de la chasse.

Cinq parties civiles et des dommages-intérêts conséquents

La gravité de l'acte a mobilisé plusieurs organisations, qui se sont constituées parties civiles :

  • La Fédération départementale des chasseurs de Lozère, pour la violation des règles cynégétiques.
  • Le Parc national des Cévennes.
  • La Ligue de protection des oiseaux (LPO).
  • France Nature Environnement.
  • La Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) Occitanie.

Le montant total des réparations demandées au prévenu dépasse les 100 000 euros. Une audience spécifique sur les intérêts civils a donc été fixée au 1er juin 2026 pour statuer sur ces demandes.

Cette affaire met en lumière les tensions entre les pratiques de chasse traditionnelles et la protection stricte d'espèces en voie de disparition, ainsi que les conséquences judiciaires et financières potentielles d'un "réflexe" en contradiction avec la loi.

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