Tentative d'enlèvement cryptée à Paris : trois hommes condamnés pour projet avorté
Tentative d'enlèvement cryptée à Paris : trois condamnations

Une opération mal préparée dans le 16e arrondissement

Au petit matin du 19 janvier, alors que certains célébraient encore la victoire du Sénégal à la Coupe d'Afrique des nations, M. So. et trois complices, dont un mineur, se rendaient dans le 16e arrondissement de Paris. Leur cible : un immeuble haussmannien cossu abritant un couple d'entrepreneurs spécialisés dans la cryptomonnaie, à la même adresse qu'un consulat.

Une intervention policière rapide

M. So. et M. Sa. ont ouvert la porte de l'immeuble d'un simple coup d'épaule, sans arme apparente et à peine encapuchonnés. Alertée par la gardienne, la police est intervenue avant qu'ils ne puissent dépasser la cour. Dans le véhicule où s'étaient cachés les deux autres complices, les enquêteurs ont découvert un équipement suspect : cagoules, gants, scotch et deux couteaux.

Un procès en comparution immédiate

Après un renvoi lors d'une première audience, l'affaire est arrivée en comparution immédiate ce mercredi au tribunal de Paris. Trois prévenus, amis de longue date, se tenaient dans le box, tandis que le quatrième, mineur, était jugé séparément. Tous ont nié avoir eu connaissance d'un quelconque projet criminel.

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Des indices convergents vers un home-jacking

De nombreux éléments laissent penser qu'ils envisageaient un home-jacking ou un enlèvement contre rançon en cryptomonnaie. Les cibles présumées n'ont même pas été réveillées par l'incident, ce qui a été souligné par la défense pour réclamer le bénéfice du doute. M. So. a affirmé être entré dans le bâtiment pour récupérer un objet déposé plus tôt, contre 200 euros, sans pouvoir préciser la nature de cet objet ni l'identité du commanditaire.

Des condamnations prononcées

Le tribunal a finalement condamné les hommes : vingt-quatre mois de détention pour M. So., dix-huit mois pour M. Sa., et dix mois pour M. Y. Les prévenus ont maintenu leur version, niant avoir planifié une extorsion.

Une défense basée sur l'amateurisme

Les avocats de la défense ont souligné l'aspect ubuesque de l'opération. Me Florence Goddest Le Gall, représentant M. So., a pointé l'absence d'adresse de victime dans les messages, de surveillance préalable documentée, et le fait que deux hommes soient entrés sans arme ni moyen d'immobilisation. « Deux clampins arrivent : ils font comment, ils toquent à la porte ? » a-t-elle ironisé. Elle a également regretté le manque de temps pour examiner le dossier, dans un contexte de grève de zèle du barreau contre un projet de loi sur la justice pénale.

L'augmentation des extorsions en cryptomonnaie

L'avocat de la partie civile, Me Charles Merveilleux du Vignaux, a été sans équivoque : l'équipement retrouvé constituait « le parfait attirail pour un enlèvement et une extorsion ». Il a dénoncé un grand amateurisme, mais estimé que cela rendait les prévenus encore plus dangereux. Les cibles présumées ont depuis quitté la France pour s'installer aux États-Unis, anticipant leur projet.

Un enjeu de sécurité nationale

Me Merveilleux du Vignaux a résumé l'enjeu lors de l'audience : « Une tentative d'enlèvement et d'extorsion, à travers lui, c'est la sécurité de la France comme lieu d'accueil de ce type d'activité qui est en jeu. » Selon une note confidentielle de police partagée par Radio France, une quarantaine d'affaires d'enlèvements organisés entre juillet 2023 et fin 2025 sont liées à la cryptomonnaie, illustrant une tendance préoccupante.

Cette affaire met en lumière les défis posés par l'essor des crypto-actifs, où la frontière entre amateurisme et dangerosité peut devenir ténue, et où la sécurité des entrepreneurs innovants devient un enjeu crucial pour les autorités.

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