Une audition sous haute tension à la cour d'assises d'Aix-en-Provence
Ce mardi, la cour d'assises d'Aix-en-Provence a longuement auditionné Driss Oualane, plus connu sous le surnom de Tatoo. Cet homme de presque 40 ans, qui se présente comme un ancien trafiquant de drogue indépendant, a témoigné depuis un paravent en visioconférence, une configuration qui a immédiatement suscité des interrogations. « Je n’ai pas peur d’eux, j’ai peur de dégun », a-t-il déclaré d'emblée, tout en insistant sur sa volonté de « comparaître » et de porter l'accusation dans cette affaire retentissante.
L'informateur à l'origine de l'enquête
Driss Oualane, surnommé ironiquement « l’OPJ Tatoo » par un accusé, est l'informateur qui a contacté les enquêteurs dès le lendemain du meurtre de son ami, Farid Tir. Ce narcotrafiquant notoire a été abattu dans la nuit du 30 août 2019, dans une chambre de l’hôtel F1 de Plan-de-Campagne, près de Marseille, aux côtés de son lieutenant, Mohamed Amine Bendjaghlouli, âgé de 28 ans. Tatoo jure ne pas travailler pour la police, mais explique avoir agi dans un esprit de vengeance, refusant d'accepter la trahison dont aurait été victime son ami.
Le récit des jours précédant le double meurtre
Au cours de son audition, Tatoo est longuement revenu sur les quelques jours d’août 2019 qui ont précédé le drame. Il a évoqué une rencontre en Espagne le 27 août avec Farid Tir et Gabriel Ory, où les discussions ont porté sur des affaires de narcotrafic, notamment la reprise de points de vente à Font-Vert et Bassens. De retour en France, Tatoo a demandé à son ami de l’aider à régler des affaires dans les quartiers nord, craignant pour sa vie. Gabriel Ory s’est joint à cette expédition, la veille du meurtre.
Le témoin a décrit comment, ce soir-là, il a placé un sac contenant une somme d’argent dans un box de stockage avec une valise appartenant à Farid Tir. Dès le lendemain, une tentative d’effraction a été constatée sur le box. En cherchant à contacter Farid Tir, Tatoo a découvert qu’il avait été assassiné. « Je comprends direct que Gaby a fait le travail », a-t-il affirmé, accusant Gabriel Ory d’être le traître. « C’est mathématique », a-t-il appuyé, tout en concédant manquer de preuves tangibles.
Les jeux d'alliances et les accusations
Tout au long de son audition, Driss Oualane a multiplié les attaques contre Gabriel Ory, aujourd’hui décrit comme un cadre de la DZ Mafia. Il l’a raillé en le qualifiant de « clochard » portant des survêtements Décathlon. Tatoo a également accusé Amine Oualane, alias « Mamine », d’avoir joué l’entremetteur pour le compte de Karim Harrat, surnommé « le Rant », en conflit avec Farid Tir. « Ce sont des vieilles rancœurs puis on en ajoute des nouvelles », a-t-il résumé, décrivant les jeux d'alliances complexes entre les réseaux de narcotrafiquants marseillais.
Une défense qui contre-attaque
L’avocate d’Amine Oualane, Me Inès Medioune, a vivement réagi aux accusations, dénonçant des allégations basées sur des « on dit ». « Le coupable n’était malheureusement pas dans le box aujourd’hui, il a été entendu comme témoin », a-t-elle déclaré. Face à ses questions, Driss Oualane a perdu peu à peu son calme, lançant : « Elle croit qu’elle parle à qui là ? » avant d’être rappelé à l’ordre par la présidente de la cour. « Vous faites votre spectacle, y’a pas de problème », a-t-il poursuivi, montrant la tension palpable durant l’audience.
Un témoin qui ne lâche rien
Interrogé à plusieurs reprises sur le manque d’éléments objectifs dans sa déposition, Tatoo est resté inflexible. « Je sais que je ne me trompe pas à 2.000 % », a-t-il affirmé, insistant sur son code d’honneur de la rue. À la fin de la visioconférence, Amine Oualane lui a lancé : « Longue vie à toi », le qualifiant de « fou furieux » qui ne raconte « que des conneries » pour se dédouaner. Cette audition mouvementée met en lumière les rivalités et trahisons au sein du narcotrafic marseillais, dans un procès qui promet d’être long et tumultueux.



