Un procès historique s'ouvre en l'absence de l'accusé
La cour criminelle départementale de Paris a rendu une décision majeure ce vendredi 6 mars, en ordonnant le jugement en l'absence de Tariq Ramadan, l'ancien prédicateur et islamologue. Accusé de viols sur trois femmes, dont un sur personne vulnérable, il devait comparaître depuis le lundi 2 mars mais n'a jamais paru devant le tribunal. Cette absence persistante a conduit la cour à délivrer un mandat d'arrêt international à exécution immédiate, marquant un tournant dramatique dans une affaire qui dure depuis plus de huit ans.
Une fuite dénoncée par l'avocat général
L'avocat général, Philippe Courroye, a fermement critiqué l'attitude de Tariq Ramadan, déclarant : « Il est absent sans raison médicale valable, c'est-à-dire qu'il est en fuite. C'est son choix mais il doit l'assumer. Il joue la montre. Il a mis une frontière et un lac entre la justice française et lui. Parce qu'il ne veut pas être jugé… Un mot pour résumer cette dérobade : la lâcheté. » Ces propos ont suscité une vive réaction de la défense, avec Me Ouadie Elhamamouchi qualifiant ces accusations de calomnie et affirmant que Tariq Ramadan souhaite être jugé.
Expertises médicales et état de santé
Les expertises médicales diligentées par la justice ont joué un rôle crucial dans cette décision. Tariq Ramadan, qui souffre d'une sclérose en plaques diagnostiquée en 2006, avait été hospitalisé à Genève juste avant l'ouverture du procès, invoquant des symptômes inquiétants tels qu'une aphasie et une faiblesse à la jambe gauche. Cependant, les examens approfondis ont conclu que son état de santé était compatible avec une comparution. La présidente du tribunal a même qualifié son handicap de « léger », s'appuyant sur les rapports des experts qui l'ont déclaré apte à comparaître.
Malgré un certificat médical de dernière minute de son neurologue traitant demandant un report pour fatigue, la cour a estimé qu'il s'agissait d'une manœuvre dilatoire. Tariq Ramadan est sorti de l'hôpital la veille de l'audience, avec pour consigne un retour à domicile en Suisse, où il réside actuellement, bien qu'il soit censé habiter en France selon son contrôle judiciaire.
Conséquences judiciaires et réactions
La décision de juger Tariq Ramadan en son absence est rare, réservée habituellement aux accusés en fuite à l'étranger, tels que des terroristes ou des figures du grand banditisme. Ses avocats ont immédiatement quitté la salle d'audience en signe de protestation, plongeant la procédure dans un silence de plomb. Le procès se déroulera désormais à huis clos, sans la présence de l'accusé principal, ce qui soulève des questions sur l'équité des débats, notamment face à des faits fortement contestés.
Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large, avec Tariq Ramadan déjà condamné à un an de prison ferme en Suisse l'été dernier pour des faits similaires, peine qui n'a pas été exécutée. Le mandat d'arrêt international vise à faciliter son arrestation et son extradition vers la France, mais son statut en Suisse, pays de sa naissance, pourrait compliquer les choses.
En résumé, cette journée du 6 mars 2026 marque un point de non-retour dans le long feuilleton judiciaire entourant Tariq Ramadan, avec une justice française déterminée à avancer malgré les obstacles, tandis que l'accusé reste éloigné, suscitant débats et controverses sur sa volonté réelle de faire face à ses accusateurs.



