Tariq Ramadan déclaré fugitif après son absence au procès pour viols
L'intellectuel controversé Tariq Ramadan est désormais officiellement considéré comme un fugitif par la justice française. Il ne s'est pas présenté lundi à l'ouverture de son procès devant la cour criminelle de Paris, où il doit répondre d'accusations de viols sur trois femmes en 2009, 2012 et 2016 – des faits qu'il conteste fermement depuis le début de la procédure.
Une absence jugée injustifiée par les experts médicaux
La cour a considéré que son absence n'était pas justifiée, s'appuyant sur les conclusions de deux neurologues spécialement mandatés par la justice. Ces experts ont estimé que l'état de santé de Tariq Ramadan, qui souffre d'une sclérose en plaques, ne l'empêchait pas de comparaître. Face à cette absence jugée volontaire, la Cour a immédiatement ordonné l'émission d'un mandat d'arrêt international à son encontre.
Cette décision a provoqué la colère des quatre avocats de la défense, qui ont immédiatement quitté la salle d'audience en signe de protestation. Ils dénoncent une parodie de procès et estiment que leur client est victime d'un déni de droit fondamental.
Huit ans de procédure pour un procès sans l'accusé
Il s'est toujours présenté à chacune des échéances judiciaires depuis huit ans, a souligné Me Ouadie Elhamamouchi, l'un des avocats de Tariq Ramadan. Depuis le début de cette procédure, Tariq Ramadan n'a pas été traité comme un justiciable comme les autres, au point de lui refuser même le droit d'être présent à son propre procès en pleine possession de ses moyens.
Pourtant, seize ans après les faits allégués et au terme de huit années de procédure judiciaire complexe, le procès peut enfin débuter. Mais il se déroulera sans le principal intéressé, au grand dam des parties civiles et de leurs représentants légaux.
Des certificats médicaux successifs contestés
La défense avait initialement demandé un report du procès, invoquant la période du Ramadan et la faiblesse de l'accusé. Lundi, ses avocats ont justifié son absence par des raisons de santé, précisant qu'il avait été hospitalisé depuis le 27 février après une brusque dégradation de son état alors qu'il se trouvait à Genève au chevet de sa mère âgée de 93 ans.
Malgré le rapport des neurologues désignés par la cour, la défense a produit un nouveau certificat médical soumis peu avant l'audience. Ce document, établi par le neurologue suisse qui suit habituellement Tariq Ramadan, décrit un patient particulièrement fatigué, comme vidé de son énergie vitale et recommande une période de repos d'une semaine à dix jours.
L'accusation dénonce une stratégie dilatoire
L'avocat général Philippe Courroye a qualifié ce dernier certificat de joker dilatoire, affirmant que Monsieur Ramadan a joué la montre. Il fait montre de lâcheté, a-t-il ajouté. Il soulèverait exactement le même type d'arguments dans une semaine, 15 jours ou six mois.
Pour le ministère public, la position est claire : Il est apte [à comparaître], il n'est pas là, sans raison valable, il est en fuite. C'est son choix mais il doit l'assumer procéduralement.
Les parties civiles déplorent un procès amputé
Me David-Olivier Kaminski, l'un des avocats des parties civiles, a plaidé pour que le procès ait lieu malgré tout, tout en reconnaissant les limites de la situation : Avec son absence, nous y perdons tous, en qualité contradictoire, de débat, de confrontation des arguments. Mais à qui la faute ?
Sa consœur Me Sarah Mauger-Poliak a été plus directe : La réalité, c'est qu'il ne veut pas comparaître dans un procès qu'il qualifie d'inhumain. Il ne souhaite pas être transféré en France et être jugé. Même si nous reportions d'un an ce procès, dans un an on nous présenterait la même pièce de théâtre.
Une situation judiciaire complexe sur deux fronts
Techniquement, Tariq Ramadan se trouve actuellement en Suisse, où il est déjà sous le coup d'une peine de trois ans d'emprisonnement (dont un an ferme) pour viol – une sanction devenue définitive après le rejet de son recours par le tribunal fédéral en juillet dernier.
Il a indiqué avoir déposé une demande en révision de son procès suisse et saisi également la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). En France, s'il est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés, il encourt jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle, ce qui explique l'importance stratégique de ce procès pour toutes les parties concernées.



