Suicide d’un militaire : la famille dénonce des manquements graves
Suicide d’un militaire : la famille dénonce des manquements

Une affaire qui refait surface

Alors que le 8e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine (RPIMa) de Castres, dans le Tarn, est déjà visé par plusieurs enquêtes pour brimades et harcèlement, le suicide d’un ancien militaire, Yohan Valles, pourrait être relancé. Ce jeune parachutiste de 20 ans s’est donné la mort le 10 octobre 2020 en se tirant une balle dans la tête avec un fusil d’assaut, alors qu’il était en service de garde et fortement alcoolisé.

Des circonstances troublantes

La veille du drame, Yohan Valles avait consommé une grande quantité d’alcool avec des amis. Dans un état de colère et de déprime, il avait dégradé un appartement et agressé une jeune femme en lui tirant les cheveux. Deux militaires l’ont alors raccompagné au régiment, où il a été placé en chambre de dégrisement. Malgré son état d’ébriété avancé, il a été autorisé à prendre son tour de garde dans l’après-midi et a récupéré l’arme qui lui a servi à se suicider.

Selon l’avocat de la famille, Me Luc Abratkiewicz, Yohan subissait des brimades et du harcèlement de la part de ses supérieurs. Il avait refusé de partir en opération extérieure, ce qui lui avait valu des menaces de sanctions. Le rapport d’enquête des gendarmes de la section de recherches de Toulouse, consulté par nos soins, indique que le jeune homme était persuadé qu’il allait être puni après les événements de la nuit et qu’il avait eu une altercation avec le chef de corps le matin même.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des témoignages accablants

France 2 a recueilli le témoignage d’anciens camarades de Yohan. L’un d’eux affirme que son état se dégradait : il se sentait de plus en plus mal et buvait de plus en plus. Il souligne surtout que Yohan n’était pas en état de prendre sa garde ce jour-là. Un autre militaire témoigne qu’un gradé l’a obligé à monter la garde en disant : « C’est une merde, ça lui apprendra à faire le con. » Ce, malgré l’ordre de l’officier de sécurité intérieure de le laisser en dégrisement.

Les gendarmes notent que les directives de l’officier n’ont pas été respectées et qu’une vérification par alcoolémie ou une visite médicale aurait dû être effectuée, étant donné son état manifeste d’ivresse : il titubait, tenait des propos incohérents et urinait en dehors des toilettes. Cependant, les enquêteurs n’ont pas pu étayer les accusations de brimades, tout en reconnaissant que le jeune homme avait des problèmes relationnels, familiaux et sentimentaux, et avait déjà manifesté un intérêt pour le suicide.

Des manquements dans la procédure

Me Abratkiewicz, tout comme la section de recherches, relève que Yohan Valles n’aurait pas dû avoir accès aux clés de l’armurerie où se trouvait le fusil d’assaut. L’avocat dénonce plusieurs manquements : « Il ne pouvait pas prendre une garde, alcoolisé, avec un fusil d’assaut. » Il ajoute que la famille n’a jamais été informée du classement sans suite de l’enquête pour homicide involontaire par le parquet de Toulouse. Il demande donc au parquet de réentendre les nouveaux témoins et de reconsidérer cette décision, estimant que des responsabilités existent au sein du régiment, voire de l’armée.

Cette affaire met en lumière les dysfonctionnements présumés au sein du 8e RPIMa, déjà éclaboussé par des accusations de violences volontaires, de harcèlement et d’incitation au suicide de la part de quatre anciens militaires en mai dernier. La famille de Yohan Valles espère que la justice fera toute la lumière sur ce drame et que les responsables seront identifiés.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale