Un suspect de 79 ans accusé d'abus sur des mineurs pendant plus de cinq décennies
Les faits s'étalent sur une période allant de 1967 à 2022. Jacques Leveugle, âgé de 79 ans, est soupçonné d'avoir, durant 55 ans, abusé de 89 mineurs âgés de 13 à 17 ans dans plusieurs pays à travers le monde. Il est également accusé d'avoir étouffé sa mère en 1974, puis sa tante en 1992. Pourtant, il s'en est fallu de peu pour que cet homme termine sa vie sans être inquiété par la justice.
L'alerte donnée par un neveu et la découverte de mémoires glaçants
L'alerte a été donnée par son neveu. Ce dernier, qui avait des soupçons concernant les agissements de son oncle, a découvert chez lui une clé USB contenant ses mémoires. Il s'agissait de 15 tomes très denses détaillant le récit glaçant des agressions sexuelles et des viols commis alors qu'il sillonnait la planète, comme l'a relaté le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux, lors d'une conférence de presse.
Un parcours professionnel utilisé pour cibler des victimes
L'enquête a établi que Leveugle a silloné le monde entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 2020 en tant qu'enseignant ou éducateur sportif. Il faisait du soutien scolaire ou encadrait des enfants délinquants, ce qui lui a permis de rencontrer de nombreuses jeunes victimes.
La liste des pays dans lesquels il aurait agi est interminable :
- Algérie
- Suisse
- Allemagne
- Maroc
- Niger
- Colombie
- Philippines
- Inde
- Portugal
Il aurait également sévi en France et en Nouvelle-Calédonie. Il a parcouru ces différents pays et dans chacun de ces lieux où il va s'installer pour faire du soutien scolaire, être enseignant, il va rencontrer des jeunes et il va avoir des relations sexuelles, a précisé le magistrat. Lors de son interpellation en février 2024, il vivait principalement au Maroc et revenait occasionnellement chez son frère, à Vizille.
Des obstacles à la coopération internationale expliquant l'impunité
Comment expliquer que le natif d'Annecy, qui se décrit comme un gentleman boy lover, n'ait pas été interpellé plus tôt ? Les faits se passent à l'étranger, il y en a des très anciens. À l'époque, il n'y avait pas forcément de plainte déposée, observe une source policière. Il y a des pays avec lesquels c'est compliqué, qui ne sont pas tellement coopérants, je pense notamment aux pays du Maghreb. Il faut qu'il y ait une plainte, qu'ils la traitent, et si on fait des demandes, ce n'est pas sûr qu'ils répondent, poursuit cette source bien informée.
Une difficulté qu'observe également l'avocate Céline Astolfe, qui a défendu des dizaines de mineurs abusés en Asie par un ancien professeur de français en 2023. Les difficultés rencontrées à l'occasion de la coopération internationale entre les autorités judiciaires laissent la place à une forme d'impunité pour ce genre de prédateur, explique la pénaliste parisienne. Il y a de grandes difficultés avec l'exécution des commissions rogatoires. Des pays bien connus des autorités judiciaires françaises ne répondent pas aux réquisitions faites.
L'évolution de la loi et les défis persistants
Loin de la France, Jacques Leveugle s'est probablement senti intouchable. Mais la loi a évolué et vous pouvez désormais être poursuivi pour des faits commis à l'étranger, remarque le général François Daoust, ancien directeur du pôle judiciaire de la gendarmerie. Depuis la loi du 17 juin 1998, les agresseurs sexuels de mineurs peuvent être poursuivis pour des faits commis à l'étranger. Vu son âge, il a pu faire du tourisme sexuel avant, en toute quiétude, estime malgré tout le général Daoust.
Un appel à témoins relayé par Interpol pour identifier d'autres victimes
Surtout, à l'ère d'Internet et des réseaux sociaux, de plus en plus de pédophiles sont identifiés parce qu'ils échangent des photos ou des vidéos en ligne. Le fait qu'il ait conservé sur une clé USB les preuves de ses abus, sans jamais les échanger, explique en partie pourquoi il n'a pas été repéré plus tôt par les forces de l'ordre.
À cette heure, aucune victime n'a été recensée en Isère, a précisé le procureur de Grenoble, qui a lancé un appel à témoins afin de permettre à d'éventuelles victimes de se manifester. Il a aussi pu œuvrer en France. Mais surtout, l'appel à témoins va être relayé par Interpol qui a des bureaux presque partout dans le monde. Il y aura peut-être des retours grâce à ça, souligne le général Daoust. Contactée, Isabelle Debré, la présidente de l'Enfant Bleu, une association qui lutte contre les violences faites aux enfants, compte véritablement sur la justice pour faire les investigations nécessaires.



