L'ancien président face à la justice : une défense ferme et indignée
Dans le cadre feutré de la cour d'appel de Paris, Nicolas Sarkozy a adopté une posture à la fois calme et déterminée. « Je dois répondre avec calme en faisant sentir à la cour la profondeur de mon indignation », a-t-il déclaré, posant une feuille sur le pupitre devant lui. Vêtu d'un costume sombre, d'une chemise blanche et d'une cravate noire, l'ancien chef de l'État, connu pour son éloquence gestuelle, s'est efforcé de contenir son énervement face aux interrogations du président de la cour.
Un procès en appel pour financement libyen présumé
Jugé depuis le 16 mars dernier, Nicolas Sarkozy avait été condamné en première instance à cinq ans de prison dans l'affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Sous le regard attentif de son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, il a catégoriquement nié toute entente avec le régime du colonel Kadhafi. « Il n'y a pas eu le moindre pacte », a-t-il affirmé avec force, ajoutant : « Je le dirai jusqu'à mon dernier souffle parce que c'est la vérité ».
La faute imputée à des collaborateurs
Selon l'ancien président, sa situation judiciaire actuelle découlerait d'une « erreur » commise en 2005 par deux de ses proches : Brice Hortefeux, son « ami » et alors ministre délégué aux collectivités locales, et Claude Guéant, son « collaborateur » et directeur de cabinet à l'époque où il était ministre de l'Intérieur sous Jacques Chirac. La justice les soupçonne d'avoir tenté d'obtenir du guide libyen une somme importante en échange de contreparties commerciales, diplomatiques et judiciaires, notamment la levée du mandat d'arrêt contre Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi, condamné pour son rôle dans l'attentat contre l'avion DC-10 d'UTA.
Des voyages en Libye au cœur des interrogations
La cour d'appel s'est particulièrement penchée sur deux voyages en Libye effectués par Hortefeux et Guéant en 2005, au cours desquels ils ont rencontré Senoussi. Nicolas Sarkozy a estimé que « avant d'être victimes, ils ont été coupables d'imprudence », suggérant qu'ils auraient été bernés par Ziad Takieddine, un intermédiaire décédé en 2025. Pour l'ancien président, Claude Guéant, qui devait préparer un déplacement officiel de Sarkozy en Libye axé sur « la gestion des frontières et des flux migratoires », a franchi une « ligne » en acceptant de dîner avec Senoussi. « Je ne comprends pas pourquoi », a-t-il soufflé, soulignant que Guéant n'aurait pas dû agir ainsi.
Des omissions et des révélations tardives
Brice Hortefeux, quant à lui, a rencontré Senoussi en décembre 2005 pour signer une « lettre d'entente », ce que Sarkozy qualifie d'« erreur ». L'ancien président a insisté sur le fait que ces rencontres n'auraient pu aborder la situation judiciaire de Senoussi, car, en tant que ministre de l'Intérieur, il n'avait aucun pouvoir en la matière. Il a également révélé que Claude Guéant, absent pour raisons médicales, aurait omis de lui parler de cette rencontre, ce qui a suscité l'interrogation du président de la cour, Olivier Géron, sur l'utilité d'une visite préparatoire sans information préalable.
La découverte tardive d'une rencontre médiatisée
Concernant la rencontre entre Hortefeux et Senoussi, Sarkozy a affirmé n'en avoir pris connaissance qu'en 2018 lors d'un entretien avec le juge d'instruction, alors qu'elle était mentionnée dans un article de Mediapart dès 2012. Cet article citait Moussa Koussa, un ancien chef des renseignements libyens, affirmant que Tripoli avait financé la campagne de Sarkozy. L'ancien président a réitéré : « La vérité c'est qu'il n'y a pas un centime d'argent libyen dans ma campagne ».
L'intermédiaire Takieddine : un personnage controversé
Nicolas Sarkozy a décrit Ziad Takieddine comme un « menteur » et un « gratte sous », payé par Senoussi pour justifier son utilité en attirant des personnalités françaises de haut rang. Cependant, le président de la cour a exprimé des doutes sur cette explication, notant que Takieddine, en tant qu'intermédiaire, aurait risqué de compromettre son réseau en piégeant les collaborateurs de Sarkozy, alors candidat favori de la droite.
L'audition de Nicolas Sarkozy doit se poursuivre ce mercredi, marquant une étape cruciale dans cette affaire judiciaire complexe.



