Procès Sarkozy : déclarations laconiques et plaidoyers d'innocence en appel
Sarkozy : déclarations laconiques au procès en appel

Un début d'audience marqué par la sobriété des déclarations

On attendait traditionnellement de Nicolas Sarkozy une déposition fleuve et passionnée, à l'image de son tempérament connu. Pourtant, mercredi 18 mars, lors du troisième jour de son procès en appel, l'ancien président de la République a surpris l'audience par sa déclaration liminaire d'une sobriété remarquable. En quelques mots empreints d'une lassitude palpable, il s'est borné à affirmer : « Monsieur le président, Mesdames et Messieurs de la cour, je n'ai pas de déclaration liminaire à faire, ce pour une raison simple : je n'ai commis aucun des faits pour lesquels j'ai été condamné. Je mobiliserai toutes les forces dont je suis capable pour défendre la vérité, telle que je la ressens au plus profond de moi. Je suis innocent et je n'ai donc rien à ajouter de plus à ce stade. Mais j'imagine que vous aurez beaucoup de questions à me poser… ».

L'homme politique, dont le teint chiffonné et le regard fatigué ont frappé les observateurs présents dans la salle d'audience, a ensuite regagné sa place d'un pas lent, laissant planer un silence lourd de signification. Cette économie de mots contraste fortement avec les habitudes oratoires du personnage public, habitué aux joutes verbales et aux plaidoiries enflammées.

Brice Hortefeux : un plaidoyer structuré en anaphores

Avant l'intervention de Nicolas Sarkozy, son vieil ami et ancien ministre Brice Hortefeux avait pris la parole dans une déclaration bien plus développée. Condamné en première instance à deux ans de prison ferme aménageables sous bracelet électronique pour « association de malfaiteurs », l'homme politique a immédiatement planté le décor de sa défense : « Je suis totalement innocent, ce mot pour moi ne se découpe pas, il ne se divise pas, c'est un tout et je le revendique calmement, mais avec force ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Son intervention s'est ensuite construite sur un rythme d'anaphores répétitives, déconstruisant point par point les éléments du jugement de première instance :

  • « Le tribunal a estimé que ma rencontre avec Abdallah Senoussi était volontaire et non fortuite ; c'est faux et devant votre cour, je le prouverai. »
  • « Le tribunal a supposé que lors de cette brève rencontre, j'aurais agi pour tenter d'obtenir un financement libyen ; c'est rigoureusement faux et je le prouverai. »
  • « Le tribunal a décrit cette unique rencontre comme confidentielle ; c'est encore faux et je le prouverai. »
  • « Le tribunal a considéré que j'avais contribué à transférer des fonds en remettant un document bancaire ; c'est rigoureusement faux et je le prouverai. »
  • « Le tribunal a affirmé enfin que je n'ai pas cessé de fréquenter M. Takieddine après cet unique déplacement en Libye ; là aussi c'est faux et je le prouverai. »

Me Florence Bourg, son avocate, sait désormais à quoi s'attendre : son client exigera qu'elle « prouve » chacun de ces points à la cour d'appel.

Le témoignage poignant d'un homme meurtri

Brice Hortefeux a poursuivi sa déclaration par un témoignage personnel poignant, décrivant les conséquences humaines de sa condamnation : « Pas un matin, depuis le 26 septembre 2025 sans que je m'interroge au réveil sur les motivations de cette décision injuste et infondée. Pas un matin sans que je me demande si je n'ai pas fait un cauchemar. Pas un matin sans que je lise dans leurs yeux l'affection apitoyée de mes proches. »

L'ancien ministre a conclu cette partie de son intervention par une réflexion sur la justice : « J'ai beaucoup appris durant ces cinq mois sur la nature humaine, le meilleur et le moins bon. J'ai aussi appris sur la justice et je sais aujourd'hui qu'une addition d'hypothèses ne fait pas une vérité et que certaines décisions peuvent douloureusement briser et broyer des individus. Voilà ce que je voulais vous dire, M. le président. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les autres prévenus : une litanie de déclarations d'innocence

Le banquier suisse Wahib Nacer a pris la parole à son tour pour jurer son innocence : « Je suis innocent, je n'ai jamais enfreint la moindre règle », avant de préciser avec une nuance importante : « Je n'ai jamais été banquier, malheureusement, mais seulement employé d'une banque, ce qui n'est pas la même chose. » Condamné à quatre ans de prison ferme et deux millions d'euros d'amende pour blanchiment aggravé et complicité de trafic d'influence dans l'affaire des tableaux flamands de Claude Guéant, l'octogénaire se dit « catastrophé par sa condamnation » et entend « défendre son honneur » face à ce qu'il qualifie de « profonde injustice ».

Alexandre Djouhri, l'intermédiaire condamné à six ans d'emprisonnement pour association de malfaiteurs, s'est présenté comme « victime d'un traquenard ». Avec un langage imagé, il a décrit son arrestation : « GIGN, cagoule, mitraillette, prison et pin-pon », avant d'affirmer : « On m'a présenté comme le deus machina alors qu'on n'a absolument rien trouvé contre moi. » L'homme promet de rester « debout et digne jusqu'à mon dernier souffle » et de répondre « de A à Z à toutes vos questions ».

Djouhri a également évoqué les conséquences personnelles de cette affaire : « le risque réputationnel », « l'instruction monarchique » dont il aurait fait l'objet, et « la puissance ravageuse de la presse » qui l'aurait « sali ». Il accuse : « On m'a présenté comme le sulfureux, le spectre, l'influent… Ma tête a été mise à prix, on a voulu m'incarcérer verticalement, on m'a mis en état de mort sociale, tout cela était voulu. »

Les relaxés du premier jugement prennent également la parole

Thierry Gaubert, ancien proche de Nicolas Sarkozy relaxé en première instance, a rappelé avec satisfaction que « le tribunal a relevé son absence de participation à cette association de malfaiteurs ». Éric Woerth, ancien trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, a quant à lui réaffirmé qu'il n'y avait eu « aucun financement illégal dans cette campagne ».

L'ancien ministre, récemment nommé président du PMU, a insisté : « On en a beaucoup parlé, et ça continue, mais on n'en a trouvé aucune trace. Aucune espèce n'a circulé durant cette campagne en faveur de Nicolas Sarkozy, porté par un parti [l'UMP] qui allait bien sur le plan financier. »

La cour prête à entrer dans le vif du sujet

Avec la fin de ces déclarations liminaires, la cour d'appel peut désormais se plonger dans l'examen approfondi du dossier. Le président Olivier Géron avait rappelé les grandes lignes de l'affaire les jours précédents, s'excusant même d'avoir été « peut-être un peu trop long » – son résumé ayant effectivement pris sept heures, ce qui témoigne de l'ampleur tentaculaire du dossier.

Il est par ailleurs confirmé que Claude Guéant ne participera pas aux débats, un expert médical désigné par la cour lui ayant accordé une dispense pour raisons de santé. Les exceptions de nullité plaidées la veille, notamment concernant « l'incompétence de la cour » au profit de la Cour de justice de la République et « l'immunité présidentielle » revendiquée par Nicolas Sarkozy, ont toutes été « jointes au fond », ce qui signifie qu'elles ont peu de chances de ressurgir ultérieurement.

Un président qui rappelle les principes de l'institution judiciaire

Avant de suspendre l'audience, le président de la cour a répondu aux attaques portées contre l'institution judiciaire après le jugement de première instance. Il a lu aux parties un extrait de la pensée de François Guizot (1787-1874), historien et académicien, plusieurs fois ministre sous la Monarchie de Juillet.

Ce texte établissait une distinction fondamentale entre les débats politiques, « théâtre » des ambitions « où vient se concentrer toute la fermentation sociale », et l'enceinte des tribunaux, « lieu de l'impassibilité et de la règle »« rien ne doit entrer que la loi », et dont « la porte est interdite à toutes les passions ». Le président a conclu cette lecture en citant Guizot : « Ailleurs, leur présence est inévitable ; ici, elle serait criminelle. »

C'est donc « sans passion », mais avec la fermeté qui le caractérise, que le président Olivier Géron entend conduire les débats jusqu'au 3 juin, date prévue pour la fin de ce procès en appel qui promet d'être aussi complexe que médiatisé.