L'ancien président face à la justice dans une affaire historique
Vêtu d'un costume sombre et d'une chemise bleue à rayures blanches, Nicolas Sarkozy manifestait une nervosité palpable sur son siège, ce mercredi matin, dans la première chambre de la cour d'appel de Paris. L'ancien chef de l'État avait repris sa place au prétoire, sa table marquée de son nom et garnie d'un café, d'une petite bouteille, d'un dossier, d'un stylo et d'un livre que la rumeur identifiait comme Le Gai Savoir de Friedrich Nietzsche.
Une déclaration solennelle d'innocence
Après avoir écouté le président de la cour, Olivier Géron, rappeler les faits reprochés aux dix prévenus la veille, Nicolas Sarkozy s'est levé, a boutonné sa veste et s'est avancé vers la barre. Condamné en première instance à cinq ans d'emprisonnement ferme pour association de malfaiteurs dans le dossier du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, il a déclaré avec sobriété : « Monsieur le président, Mesdames, Messieurs, j'ai fait appel car je n'ai commis aucun des faits pour lesquels j'ai été condamné. Je mobiliserai toutes les forces dont je suis capable pour défendre cette vérité profondément ancrée en moi. »
Invitié à prononcer un propos liminaire, l'ancien président a réitéré : « Ce que j'ai dit à la cour n'était pas une formule. C'est la vérité que je ressens profondément en moi. Je n'ai commis aucun des actes reprochés. Je n'ai rien à ajouter, j'imagine que la cour aura beaucoup de questions à me poser. J'y répondrai. Ce que je vous ai dit, c'est ce que je ressens au plus profond de moi-même. »
Les co-prévenus unis dans la protestation
Les autres prévenus présents ont également clamé leur innocence avec force. Brice Hortefeux, condamné à deux ans de prison et 50 000 euros d'amende, a affirmé : « Et ce mot, innocent, ne se divise pas, ne se découpe pas, c'est un tout que je revendique avec force et calme. Il n'y a pas un matin où je ne m'éveille sans m'interroger sur les motivations de ce jugement que j'estime aussi injuste qu'infondé. » L'ancien ministre, ami de Nicolas Sarkozy, est soupçonné d'avoir servi d'intermédiaire avec des proches du colonel Mouammar Kadhafi.
Alexandre Djouhri, l'homme d'affaires franco-algérien condamné à six ans de prison et 3 millions d'euros d'amende pour son rôle présumé d'intermédiaire avec des dignitaires libyens, a dénoncé un traquenard judiciaire. Il a déclaré : « Ils m'ont incarcéré pour de faux motifs, mais ça va je suis debout. Si ça arrivait à une autre personne que moi, il serait en train de parler aux oiseaux. »
Les enjeux complexes de l'affaire
En première instance, Nicolas Sarkozy avait été relaxé pour trois des quatre infractions :
- Corruption passive
- Détournement de fonds publics
- Financement illégal de campagne
Mais il avait été reconnu coupable d'association de malfaiteurs. La justice a estimé qu'il avait laissé Claude Guéant et Brice Hortefeux tenter d'obtenir un soutien financier libyen en échange de contreparties, notamment la réhabilitation judiciaire d'Abdallah Senoussi, directeur des renseignements libyens condamné à perpétuité en France pour son rôle dans l'attentat du DC-10 d'UTA.
La voix douloureuse des parties civiles
Plusieurs proches de victimes de l'attentat d'UTA, qui se sont constituées parties civiles, ont également interjeté appel. Une femme ayant perdu un frère dans le crash a expliqué vouloir se « faire entendre dans le cadre de ce procès », affirmant que les négociations avec ceux qui ont tué leurs proches leur ont porté un préjudice moral immense.
Le père de Guillaume Denoix de Saint-Marc, décédé dans l'attaque, a insisté : « Il est difficile de voir qu'un président de la République a marchandé l'impunité d'un terroriste. » Une autre femme, ayant perdu sa sœur, a témoigné que malgré le temps écoulé, « la peine » ne l'a « jamais abandonnée ».
Cette audience marque un nouveau chapitre dans une affaire judiciaire aux ramifications internationales, où les enjeux politiques, financiers et humains s'entremêlent dans le prétoire parisien.



