Une opposition quasi unanime du barreau de Saintes
Les avocats de la juridiction de Saintes affichent un soutien massif à 95% au mouvement de protestation contre la réforme de la justice criminelle portée par le ministre de la Justice. Cette position ferme a été adoptée lors d'une assemblée générale tenue le 3 avril, où 66% des membres du barreau se sont exprimés, aboutissant à un résultat sans équivoque.
La réforme Darmanin en question
Ce lundi 13 avril, le barreau de Saintes sera représenté lors de la manifestation nationale à Paris qui s'oppose à la réforme dite Darmanin. Le ministre de la Justice mise sur un dispositif de plaider-coupable dans les dossiers criminels dans l'espoir de réduire les stocks de dossiers qui s'accumulent de manière préoccupante.
Jean-Hugues Moriceau, bâtonnier depuis janvier 2026, critique vivement cette approche. Ce n'est pas la première fois que des réformes sont ainsi imaginées pour réduire les délais au mépris des droits de la défense, que ce soit en matière criminelle ou civile. Manifestement, ce ne sont pas les bonnes solutions qui sont données, déclare-t-il.
Une situation dégradée à Saintes
Le bâtonnier s'inquiète particulièrement d'une dégradation brusque des conditions de fonctionnement au tribunal judiciaire de Saintes, avec un allongement significatif des délais. Le problème principal en France est celui des moyens alloués à la justice, et une question d'organisation. Le tribunal judiciaire de Saintes en est un exemple criant, souligne Jean-Hugues Moriceau.
Il déplore un taux d'absentéisme qui avoisine les 30% chez les magistrats comme au greffe, un phénomène qui suscite de vives interrogations. Des audiences sont supprimées du jour au lendemain. La surcharge de travail pèse sur les fonctionnaires et magistrats restants, explique-t-il.
Des conséquences concrètes pour les justiciables
Les retards accumulés ont des impacts directs sur les citoyens. On attend parfois un an et demi des décisions sur des dossiers plaidés, concernant notamment des expulsions, des litiges de voisinage, du crédit à la consommation, fustige le bâtonnier.
Il exprime une crainte profonde : Je ne peux pas me résoudre à ce que le tribunal judiciaire de Saintes en arrive à des niveaux de non-droit comme certaines grosses juridictions françaises, c'est-à-dire des délais de deux, trois quatre ans…
Une position nuancée malgré l'opposition
Malgré cette opposition massive, le barreau de Saintes a fait le choix de ne pas rejoindre le mouvement de grève observé au niveau national. Le barreau de Saintes est l'un des seuls barreaux au niveau national à ne pas avoir décidé de grève, au regard de la situation déjà très difficile de la juridiction, pour ne pas pénaliser encore davantage les justiciables, précise Me Moriceau.
Cette décision reflète la volonté de préserver un service minimum malgré les conditions de travail dégradées, tout en maintenant une pression sur les autorités pour obtenir des améliorations substantielles dans le fonctionnement de la justice.



