Une peine alourdie pour le réalisateur Christophe Ruggia
La cour d'appel de Paris a rendu son verdict vendredi dans l'affaire opposant la comédienne Adèle Haenel au cinéaste Christophe Ruggia. Les magistrats ont condamné le réalisateur de 61 ans à cinq années d'emprisonnement, dont deux ferme à effectuer sous surveillance électronique avec bracelet. Cette décision judiciaire intervient pour des faits d'agressions sexuelles commis sur l'actrice alors qu'elle était âgée de seulement 12 à 14 ans.
Des faits graves sur une pré-adolescente
Dans son jugement, la cour a qualifié les agissements de « faits d'une extrême gravité » perpétrés sur « une jeune pré-adolescente tirée fortuitement de son milieu » par l'univers cinématographique. Les magistrats ont souligné que la victime, face à un adulte « trois fois son aîné », s'est retrouvée « rapidement prise au piège de cette relation » et en état de sidération psychologique.
La peine prononcée en appel est légèrement plus sévère que celle de première instance délivrée en février 2025, où Christophe Ruggia avait écopé de quatre ans de prison dont deux ferme sous surveillance électronique. Cette affaire judiciaire avait initialement été révélée au public en 2019 grâce à une enquête approfondie du média Mediapart.
Une emprise psychologique dénoncée
Durant l'ensemble de la procédure, Adèle Haenel a décrit de manière constante des attouchements répétés et non consentis de la part du réalisateur lors de rendez-vous hebdomadaires à son domicile parisien. Ces rencontres faisaient suite au tournage éprouvant du film « Les diables » où Christophe Ruggia, alors âgé de 24 ans de plus que l'adolescente, lui avait offert son premier rôle au cinéma.
La cour d'appel a affirmé n'avoir « aucun doute » concernant la réalité de ces gestes inappropriés, notant leurs « conséquences avérées sur la santé mentale » de l'actrice aujourd'hui âgée de 37 ans. Le président de la cour a précisé que Mme Haenel n'a pu s'extraire de cette emprise psychologique que grâce à l'intervention de son petit ami de l'époque.
Le traumatisme exposé lors des procès
Au cours des audiences, dont certaines particulièrement électriques en première instance en 2024, la comédienne doublement récompensée aux César a dévoilé un traumatisme caractéristique des enfants victimes de violences sexuelles. « J'ai envie d'arrêter cette dépression, d'y mettre un terme, mais je sais pas si ça sera fini. Juste vivre avec. C'est une image de soi complètement détruite depuis l'âge de 12 ans », a confié Adèle Haenel à la barre en janvier, les yeux baissés et humides.
À l'issue de l'audience d'appel, l'actrice s'est exprimée brièvement devant les caméras, vêtue d'un costume-cravate sur une chemise à carreaux : « Je veux dire que moi, j'ai fini mon parcours judiciaire. En ce qui me concerne, toute ma vie sera dédiée à la justice et à l'avancée des droits humains ». Elle a ajouté penser à tous les enfants victimes de pédocriminalité et souhaité leur transmettre un message de solidarité.
Le déni persistant de l'accusé
Face à ces accusations, Christophe Ruggia a maintenu une position de déni tout au long de la procédure. Devant la cour d'appel en décembre, le cinéaste s'est indigné en déclarant : « Si j'avais fait ce qu'elle m'accuse d'avoir fait, avoir mis la main dans son pantalon ne serait-ce qu'une fois, je n'aurais jamais pu me regarder dans la glace ». Il s'est présenté comme un simple passeur de culture pour une jeune comédienne débutante avide de conseils, justifiant ainsi les visites régulières à son domicile.
La défense de Christophe Ruggia n'a pas souhaité s'exprimer après le verdict. Outre les deux années sous bracelet électronique, le réalisateur est condamné à trois ans de prison avec sursis. Depuis son rôle marquant dans « Portrait de la jeune fille en feu » (2019) de Céline Sciamma, Adèle Haenel a progressivement rompu avec le septième art à partir de 2020 pour se consacrer au théâtre et à un militantisme de gauche radicale.



