Angers : un procès pour triple meurtre reprend à zéro après une erreur judiciaire
Procès triple meurtre Angers reprend après erreur judiciaire

Un procès pour triple homicide recommence intégralement à Angers

Retour à la case départ pour le dossier judiciaire le plus médiatisé du Maine-et-Loire. Al Khawad Al Zine Sulaymane, un ancien réfugié politique originaire du Soudan, comparaît à nouveau depuis ce vendredi devant la cour d'assises d'Angers. L'homme de 35 ans est accusé d'avoir tué trois jeunes hommes âgés de 16, 18 et 20 ans dans la nuit du 15 au 16 juillet 2022 sur l'esplanade animée de la ville.

Une erreur administrative force l'annulation du premier procès

Pourtant, ce procès avait déjà eu lieu en octobre dernier. Les parties civiles avaient exprimé leur douleur, les avocats avaient préparé leurs plaidoiries, et l'accusé avait été longuement interrogé. Mais une découverte troublante a tout remis en question : un document judiciaire mentionnait déjà la condamnation à perpétuité de l'accusé avant même que le verdict ne soit rendu.

Le président du tribunal avait tenté de justifier cette anomalie en évoquant un « système de copié-remplacé classique » provenant d'une affaire précédente, affirmant n'avoir « aucun a priori » sur le dossier. Malgré ces explications, la cour a décidé d'annuler l'ensemble des débats et de reporter le procès, une décision rare dans la pratique judiciaire française.

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« Une catastrophe » pour les familles des victimes

« Un renvoi au cinquième jour d'une audience, c'est une catastrophe », insiste Me Isabelle Oger-Ombredane, avocate de la famille d'Atama Koroa, l'une des victimes âgée de 20 ans. La professionnelle décrit un « effondrement » généralisé parmi les parties civiles et les conseils juridiques. « De toute ma carrière, je n'avais jamais vu ça mais c'était la décision qu'il fallait prendre, on ne pouvait pas rendre une justice sereine dans ces conditions ».

Pour les proches des trois jeunes hommes tués, cette reprise intégrale du procès représente un nouveau traumatisme. Certaines familles ont choisi de ne pas reprendre la parole à la barre, tandis que d'autres se sont constituées parties civiles entre-temps. Les déclarations faites lors de la première audience ne pourront être évoquées, obligeant chacun à « effacer tout et recommencer » selon les termes de Me Oger-Ombredane.

Les faits : une nuit de violence sur l'esplanade d'Angers

Le drame s'est déroulé dans la nuit du 15 au 16 juillet 2022 sur une place fréquentée d'Angers. Al Khawad Al Zine Sulaymane, fortement alcoolisé selon les enquêteurs, avait d'abord importuné des passants avant d'agresser sexuellement plusieurs jeunes filles en leur touchant les fesses. Des garçons présents sur les lieux étaient alors intervenus pour les défendre.

Une altercation générale avait éclaté, nécessitant l'intervention des pompiers et des forces de police. Bien que la situation semblait s'être apaisée et qu'aucune interpellation n'avait eu lieu, le suspect était revenu une heure plus tard, armé cette fois d'un couteau de 20 centimètres. Il a alors mortellement poignardé trois des jeunes hommes impliqués dans la précédente altercation et en a blessé trois autres grièvement.

Un accusé qui plaide l'amnésie traumatique

Lors du premier procès, l'accusé avait déclaré ne se souvenir « de rien du tout » concernant les événements de cette nuit tragique, tout en exprimant être « vraiment désolé de ce qui s'est passé ». Les expertises psychiatriques ont révélé que cet ancien réfugié soudanais – qui a perdu son statut sept mois après les faits – souffre d'une altération du discernement liée à un stress post-traumatique sévère, accentué par la consommation d'alcool.

« Pour les familles des victimes, on espère que cette fois, il se souvienne », confie Me Oger-Ombredane, qui estime que ce procès dépasse le cadre strictement judiciaire pour devenir celui « de toute une ville » marquée par ce triple homicide.

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Une défense mesurée face à l'enjeu pénal

Les avocats de l'accusé ont adopté une position particulièrement mesurée, refusant de s'exprimer sur le fond du dossier avant l'ouverture des nouveaux débats. Ils ont simplement indiqué qu'ils exerceraient la défense de leur client « dans la conscience aiguë des enjeux de ce procès au regard de la peine qu'il encourt mais aussi avec respect pour les victimes, leur famille et leurs proches ».

Al Khawad Al Zine Sulaymane encourt la réclusion criminelle à perpétuité, peine maximale prévue par le code pénal français pour les crimes les plus graves. Le verdict de ce nouveau procès, qui se déroule dans une atmosphère particulièrement tendue, est attendu dès ce vendredi, marquant l'aboutissement d'une procédure judiciaire exceptionnellement chaotique.