Procès Swiftair : douze ans après le crash d'Air Algérie, la compagnie espagnole jugée à Paris
Procès Swiftair : 12 ans après le crash d'Air Algérie

Le procès historique de Swiftair s'ouvre à Paris après douze années d'attente

Près de douze ans après le drame qui a coûté la vie à 116 personnes, le procès de la compagnie aérienne espagnole Swiftair s'ouvre ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. Cette audience, qui devrait durer quatre semaines, marque l'aboutissement d'un long et sinueux parcours judiciaire concernant le crash du vol AH5017 d'Air Algérie survenu le 24 juillet 2014 dans le nord du Mali.

Un drame aérien aux conséquences internationales

Le McDonnell Douglas MD-83, propriété de Swiftair mais loué à Air Algérie avec son équipage, effectuait la liaison entre Ouagadougou et Alger lorsqu'il s'est écrasé en plein Sahel. À son bord se trouvaient 110 passagers et six membres d'équipage. Parmi les victimes figuraient 54 Français, 23 Burkinabés, ainsi que des ressortissants libanais et algériens. L'équipage, quant à lui, était entièrement espagnol.

Parmi les victimes françaises, deux Palois ont péri dans cette tragédie : Alain Pardina, professeur de physique à l'Université de Pau, et son épouse Marie Jesus Redin Pardina, céramiste de renom. Leur disparition, comme celle des 114 autres personnes, a laissé des familles en deuil et des questions sans réponses pendant plus d'une décennie.

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Les causes techniques du crash révélées par l'enquête

Les investigations ont établi que l'accident s'est produit en pleine nuit alors que l'appareil traversait une zone intertropicale particulièrement orageuse. Le système d'antigivrage n'ayant pas été activé, des cristaux de glace se sont formés dans les capteurs de pression, provoquant une décélération automatique des moteurs. Face à cette situation critique, l'équipage n'a pas réagi de manière appropriée, conduisant au décrochage fatal de l'avion.

Les juges d'instruction français ont identifié « divers manquements de la part de la compagnie » comme ayant joué un rôle déterminant dans la catastrophe. Ils ont particulièrement pointé du doigt une « formation lacunaire » de l'équipage qui ne lui a « pas permis » de « réagir de manière adaptée et d'éviter l'accident ».

Les accusations portées contre Swiftair

Swiftair, compagnie madrilène fondée en 1986 et possédant une flotte d'une cinquantaine d'avions, est poursuivie pour « homicides involontaires par négligence et imprudence ». Les magistrats estiment que la compagnie n'a pas assuré « une formation suffisante à l'équipage », ce qui a contribué à :

  • La non-perception des conditions de vol extérieures
  • La non-appréhension de la détérioration des paramètres moteurs
  • La non-utilisation des moyens de protection de l'aéronef
  • Le manque de réaction adaptée face à l'apparition du décrochage

La défense de Swiftair et les arguments contradictoires

La compagnie espagnole conteste ces accusations et fait valoir que l'accident résulte d'une combinaison de facteurs extérieurs. Selon ses avocats, Rachel Lindon et Louis Falgas, les responsabilités seraient à chercher ailleurs :

  1. « Les lacunes du manuel de vol sur la particularité du givrage par cristaux de glace »
  2. « Les lacunes de Boeing et de l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) sur le décrochage qui intervient soudainement sans alarme préalable »

Un parcours procédural complexe et mouvementé

L'ouverture de ce procès clôt un parcours judiciaire particulièrement sinueux. À l'automne dernier, Swiftair avait une nouvelle fois demandé à la justice française de transmettre des questions préjudicielles à la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE). Cette demande faisait suite à un arrêt d'avril 2025 dans lequel la CJUE avait jugé une première série de questions irrecevables tout en laissant la porte ouverte à une nouvelle demande.

Au cœur du débat se trouve la question de l'applicabilité du principe du « non bis in idem », selon lequel nul ne peut être poursuivi ou puni deux fois pour les mêmes faits. Swiftair, qui bénéficie d'un non-lieu à l'issue d'une enquête en Espagne, souhaitait que la justice européenne se prononce sur cette question fondamentale.

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Le tribunal correctionnel de Paris a finalement rejeté cette demande, estimant que l'affaire n'avait pas de « lien concret » avec le droit de l'Union européenne, ouvrant ainsi la voie au procès qui s'ouvre aujourd'hui.

Les réactions contrastées des parties prenantes

Les avocats de Swiftair ont exprimé leur déception face à cette décision, déclarant : « Il est regrettable de ne pas avoir purgé cette question ainsi que le recommandait la CJUE dans son arrêt d'avril dernier. Elle restera pendante tout au long de la procédure. »

À l'inverse, Sébastien Busy, avocat des associations parties civiles AH5017-Ensemble et Fenvac, a fait part de son « soulagement » qu'un procès se tienne enfin. Pour les familles des victimes, cette audience représente l'aboutissement de douze années d'attente et d'espoir de voir la vérité éclater et les responsabilités établies.

Ce procès historique, qui s'annonce comme l'un des plus importants du domaine aérien en France, devrait permettre de faire la lumière sur les circonstances exactes de cette tragédie et de déterminer les responsabilités de chacun dans ce drame qui a marqué durablement les familles des victimes et l'opinion publique internationale.