Procès Samuel Paty : la défense de Sefrioui accuse le professeur de discrimination, l'avocat de la famille réagit
Procès Samuel Paty : la défense de Sefrioui choque en accusant la victime

Procès en appel de l'assassinat de Samuel Paty : une stratégie de défense qui scandalise

Alors que s'ouvre le procès en appel de quatre personnes condamnées dans l'affaire de l'assassinat de Samuel Paty, la défense de l'un des accusés, le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui, choque par sa nouvelle stratégie. Maître Francis Vuillemin, avocat de Sefrioui, a annoncé qu'il allait accuser le professeur d'histoire-géographie d'avoir « discriminé des élèves musulmans » durant le procès.

Une déclaration fracassante en marge de l'audience

Lundi 26 janvier, lors de la première journée du procès en appel, maître Francis Vuillemin s'est exprimé devant la presse. « Nous n'avons pas le droit de dire qu'il procédait à la discrimination des élèves musulmans, mais moi je vais le dire haut et fort tout au long du procès », a-t-il déclaré. Cette approche vise à défendre Abdelhakim Sefrioui, condamné en première instance en décembre 2024 à quinze ans de réclusion criminelle pour « association de malfaiteurs terroriste ».

Le prédicateur est accusé d'avoir joué un rôle central dans la campagne de haine qui a précédé l'attentat contre Samuel Paty, lançant ce que la Cour d'assises a qualifié de « fatwa numérique ». Quatre personnes ont fait appel de leurs condamnations, dont Sefrioui, deux amis du terroriste Abdoullakh Anzorov, et Brahim Chnina, le père de la collégienne à l'origine de la cabale.

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La réaction indignée de l'avocat de la famille Paty

Face à cette stratégie de défense, maître Thibault de Montbrial, avocat de Mickaëlle Paty, sœur de la victime, a exprimé sa stupéfaction. « Je suis stupéfait de voir ajouter l'indécence à l'abomination », a-t-il réagi auprès du Point. Il dénonce une technique « curieuse » qui semble suggérer que Samuel Paty serait responsable de ce qui lui est arrivé.

L'avocat de la famille précise : « Ce que dit ce nouvel avocat de Sefrioui est d'abord faux, puisqu'aucune famille musulmane du collège du Bois d'Aulne n'a reproché son cours à Samuel Paty. Il n'y en a pas trace dans le dossier. » Il souligne que cette défense n'a pas de fondement factuel et relève d'une logique perverse.

Une défense qui interroge sur la radicalisation de Sefrioui

Thibault de Montbrial s'interroge sur l'intérêt de cette stratégie, notant qu'elle ne change rien à l'accusation principale. Il rappelle que le procès en première instance a révélé l'extrême radicalisation d'Abdelhakim Sefrioui, décrit comme « un individu rongé par la haine ». Sa fille a même témoigné qu'il estimait « les fatwas émises à l'encontre de Salman Rushdie normales et que [ce dernier] méritait de mourir ».

Pour l'avocat, cette défense revient à invoquer une « excuse de provocation » de Samuel Paty, une notion juridique qui n'a pas de sens dans ce contexte. « Cela n'a pas de sens, et c'est indécent », insiste-t-il, soulignant que Sefrioui est « le doigt qui a désigné Samuel Paty à la main qui l'a décapité ».

Les réactions et les perspectives du procès

Mickaëlle Paty, sœur de la victime, n'a pas été surprise par ces déclarations, mais les trouve insupportables. Thibault de Montbrial souligne que cette stratégie pourrait influencer les autres parties, notamment la défense de Brahim Chnina, qui devra se positionner face à cette « fuite en avant dans l'excès ».

Quant aux réquisitions, l'avocat reste prudent : « Je ne peux pas vous le dire », répond-il à la question de savoir si elles pourraient être plus sévères qu'en première instance. Cependant, il estime que cette défense, en attaquant la victime, constitue un « curieux socle d'argumentation » qui pourrait nuire à la crédibilité de Sefrioui.

Le procès en appel se poursuit dans un climat tendu, où la mémoire de Samuel Paty est une nouvelle fois au cœur des débats, tandis que la défense tente de renverser la responsabilité sur la victime.

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