Un procès troublant mettant en lumière la pratique du Puppy-play
Le tribunal correctionnel de Nîmes a rendu son verdict dans une affaire mêlant pratique sexuelle marginale et accusations de corruption de mineurs. Un sexagénaire, déjà condamné il y a vingt ans pour détention d'images pédopornographiques, comparaissait pour des faits similaires sur fond de pratique du Puppy-play.
Une affaire révélée par des messages explicites
L'affaire remonte à juillet 2022, lorsque le père d'un adolescent de 16 ans découvre sur le téléphone de son fils des photos suspectes et des messages à caractère sexuel. Des propositions de baiser, de caresses nues et l'envoi d'un slip souillé figuraient parmi les échanges avec le prévenu, qui se faisait appeler le maître par ses autres puppies.
La jeune victime, qui n'a pas souhaité porter plainte, a confirmé les échanges tout en décrivant l'homme comme un père de cœur. Face au président du tribunal Édouard Le Jan, le prévenu a maintenu qu'il voulait seulement aider cet adolescent fragile, évoquant des abus subis dans l'enfance du jeune homme.
La défense du prévenu et sa pratique du dog training
Ancien maître-chien dans l'armée, le sexagénaire a expliqué pratiquer le dog training, une activité consistant à adopter un comportement canin avec des tenues explicites. Il a reconnu avoir envoyé des positions pour s'exercer à l'adolescent qui l'avait contacté sur l'application Grindr après avoir vu une photo où il portait un masque de chien.
Je lui ai dit qu'il ne pourrait intégrer la meute avant ses 18 ans, a-t-il déclaré à la barre, tout en insistant sur le fait qu'il n'y a pas de rapports sexuels dans ma meute. Pourtant, confronté à des messages explicites lus par le président, il a fini par reconnaître avoir peut-être été trop loin.
Des images controversées et un passé judiciaire chargé
La perquisition au domicile du prévenu a permis la découverte d'images à caractère sexuel mettant en scène de jeunes garçons, ainsi que des photos zoophiles. Le prévenu s'est défendu en affirmant que ces images provenaient de groupes WhatsApp auxquels il avait été ajouté sans son consentement, et qu'elles s'étaient automatiquement enregistrées sur son téléphone.
Son avocat, Me Jérôme Arnal, a souligné que les sites d'où provenaient certaines images indiquaient que toutes les personnes avaient plus de 18 ans. Cependant, le tribunal est resté sceptique, d'autant que le prévenu avait déjà été condamné vingt ans auparavant pour des faits similaires. Cela aurait dû être un avertissement, a rappelé le président.
Les réquisitions du procureur et la plaidoirie de la défense
Le procureur a requis un an de prison avec inscription au fichier des délinquants sexuels, estimant que les propos étaient éminemment sexuels et caractérisaient une corruption de mineurs. Je ne crois pas qu'on ait déjà entendu un chien proposer à un autre chien un slip souillé, a-t-il déclaré.
Me Arnal a plaidé la relaxe totale, soutenant que la corruption n'était pas établie puisque la victime avait plus de 15 ans, et que la minorité des personnes sur les images n'avait pas été prouvée. Vous êtes saisis d'une proposition d'un slip souillé et d'un baiser et de caresses nu, a-t-il rappelé au tribunal.
Un verdict de relaxe partielle avec des conséquences durables
Le tribunal a finalement rendu un verdict de relaxe partielle. Le prévenu a été relaxé pour corruption de mineurs, mais condamné à 12 mois de prison avec sursis simple pour détention d'images.
Il écope également d'une interdiction d'exercer toute activité en lien avec les mineurs pendant cinq ans, et sera inscrit sur le fichier des délinquants sexuels pendant trente ans. J'ai été un abruti, a reconnu le sexagénaire, tête baissée, à l'issue du procès.
Ce verdict met en lumière les zones grises juridiques entourant certaines pratiques sexuelles marginales, tout en rappelant la vigilance nécessaire concernant les relations entre adultes et mineurs, même lorsque celles-ci se présentent sous le couvert de pratiques présentées comme artistiques ou ludiques.



