Un procès émouvant pour une tragédie routière
La salle d'audience du tribunal de Nîmes était comble ce jeudi pour le procès particulièrement poignant du conducteur ayant renversé mortellement Nadège, une agente de la SNCF. Cette mère de famille rentrait de son service en trottinette électrique vers 5 heures du matin le 23 septembre 2023, sur la route d'Avignon, lorsqu'elle a été percutée par une voiture. Malgré l'intervention rapide des secours, la gravité de ses blessures - notamment des lésions crâniennes et cervicales - l'a emportée.
Un conducteur sous l'emprise de substances
L'enquête a révélé que le conducteur avait consommé du cannabis et inhalé des ballons de protoxyde d'azote avant l'accident. Face au tribunal, il n'a pas nié ces faits. Le procureur adjoint Frédéric Kocher a stigmatisé avec force ce comportement irresponsable, soulignant que le chauffard roulait à 80 km/h dans une zone limitée à 50 km/h et avait emprunté une voie de bus.
"Je regrette vraiment, je m'excuse beaucoup auprès de la famille", a déclaré le prévenu durant l'audience. Mais ses excuses ont été accueillies avec amertume par les proches de la victime.
La fuite du conducteur et la non-assistance
Un élément particulièrement accablant du dossier concerne la fuite immédiate du conducteur après le choc. Le président Reynes a constaté : "Vous partez sur la gauche, vous fuyez". Malgré les dégâts importants sur son véhicule et la présence d'une femme grièvement blessée au sol, il a choisi de s'en aller.
Deux autres prévenus, une jeune femme et un jeune homme qui circulaient dans une autre voiture et ont été témoins de l'accident, sont poursuivis pour non-assistance à personne en danger. Ils n'ont alerté ni le SAMU, ni les pompiers, ni la police.
Une famille dévastée dans la salle d'audience
Sur les bancs de la partie civile, un garçon et une fille d'une douzaine d'années entouraient leur père, veuf depuis le drame. D'autres membres de la famille - sœurs, nièces - étaient également présents, accablés par le chagrin.
Le mari de la victime a témoigné avec une émotion palpable : "On se bat au quotidien pour survivre". Il a expliqué comment, ne voyant pas sa femme rentrer, il avait pris le chemin qu'elle devait emprunter et l'avait trouvée au sol, entourée des gyrophares des secours. "On avait acheté la trottinette pour économiser de l'essence", a-t-il ajouté, révélant la précarité du foyer.
Des réquisitions sévères du parquet
Le procureur a requis six ans de prison ferme avec mandat de dépôt contre le conducteur principal pour homicide involontaire aggravé. Pour les deux autres prévenus accusés de non-assistance à personne en danger, il a demandé un an de prison.
L'avocate de la partie civile, Me Béatrice Lobier-Tupin, a vivement critiqué la fuite du conducteur : "Vous filez comme un lâche, j'entends vos excuses mais c'est facile". Elle a souligné avec émotion que Nadège ne figurerait plus désormais sur les photos de famille, lors des anniversaires ou des mariages.
"Nadège continuera de vivre dans les cœurs de cette famille", a déclaré l'avocate, tandis que le procureur dénonçait "le gâchis" de cette tragédie survenue malgré les campagnes de sécurité routière.



