Procès de Lorenzo à Montpellier : la défense invoque une mémoire reconstruite face au drame
Des peines de prison ferme ont été requises ce vendredi par l'avocat général devant la cour criminelle de l'Hérault, contre les deux principaux accusés jugés pour leur participation aux violences ayant causé la paralysie de Lorenzo Roques, alors âgé de 19 ans. Le verdict de ce procès émouvant est attendu pour lundi 13 avril.
Une parole sacrée contre une mémoire faussée
L'avocate de Lucas Barreto, contre qui huit ans de prison ont été requis, Me Maryse Pechevis, a plaidé avec ferveur l'acquittement de son client. Elle soutient que les souvenirs de Lorenzo, qui affirme avoir été frappé au sol par deux adversaires le 23 août 2020 à Lattes, près de Montpellier, sont le fruit d'une mémoire reconstruite. "Je ne dis pas qu'il a menti, mais on lui a tellement dit que ça s'est passé comme ça ! Je maintiens qu'on est sur une mémoire reconstruite", a affirmé la défense.
Selon Me Pechevis, cette reconstruction mémorielle serait due à plusieurs facteurs :
- La violence du choc subi par Lorenzo
- Le coma consécutif à l'agression
- Les lourds traitements médicamenteux administrés pendant des semaines
- Le récit familial diffusé par sa mère dans les médias
Le corps comme seul témoin immuable
Me Sandro Assorin, également membre de la défense, a rappelé un élément crucial : les légistes n'ont trouvé aucune trace sur le corps de Lorenzo des coups qu'il déclare avoir reçus. "Le corps ne ment pas, le corps n'oublie pas, le corps est le seul témoin qui n'a pas changé de version", a-t-il martelé devant la cour.
Cette argumentation technique s'oppose frontalement aux témoignages des amis de la victime, qui corroborent sa version des faits. L'avocat général Jean-Christophe Tixier a d'ailleurs souligné que ces témoignages avaient été recueillis avant que Lorenzo ne sorte de son coma, éliminant ainsi toute possibilité de collusion.
Un accident ou un acte de violence ?
Pour Sébastien Plo, le second accusé, la défense menée par Me Bernard Beral ne conteste pas la matérialité des faits. Le jeune homme a reconnu avoir foncé sur Lorenzo à peine arrivé sur le parking de Lattes, où il avait été appelé au secours par son ami Brice. "Sans vouloir offenser les victimes, c'est un accident si on est tombés tous les deux", a avancé l'accusé.
Me Beral a plaidé que son client n'était pas un individu violent, mais quelqu'un qui avait été "conditionné pendant trente secondes par cet appel au secours". L'avocat a posé cette question cruciale : "Est-ce qu'il faut ajouter un drame à un drame existant ? L'envoyer en détention ne va pas rendre quoi que ce soit à Lorenzo Roques".
Des réquisitions sévères et un drame irréparable
Malgré ces arguments de la défense, l'avocat général a requis cinq ans de prison ferme contre Sébastien Plo, avec un éventuel mandat de dépôt différé. Le magistrat a dénoncé "un drame qui est le cumul de la bêtise, de la méchanceté et de la lâcheté".
Concernant Lucas Barreto, le ministère public ne croit pas à ses dénégations. L'accusé affirme être descendu dans le fossé auprès de Lorenzo pour lui porter secours, notamment en sortant sa langue de sa bouche pour éviter l'étouffement. "Ça ne fait pas partie des gestes de secours ! Ce qu'il raconte est inventé de toutes pièces pour échapper à sa responsabilité", a rétorqué l'avocat général.
Une vie brisée et une souffrance inquantifiable
Me Muzi, avocate de la partie civile, a rappelé avec émotion l'impact dévastateur de ce drame sur la famille de Lorenzo. "Un véritable tremblement de terre qui transforme l'harmonie en chaos. Six ans plus tard, ils restent ensevelis sous les décombres", a-t-elle déclaré.
L'avocate a souligné l'incroyable résilience du jeune homme, devenu paraplégique à 19 ans : "Lorenzo aurait toutes les raisons du monde d'être dans la haine, et au contraire il a décidé de dépasser la noirceur de son histoire pour y trouver un sens".
Elle a conclu sur une note tragique : "Pour Lorenzo, la souffrance n'est pas quantifiable, il s'agit bien là de la fin de sa jeunesse et de sa vie. Le mal est fait et il n'y aura aucune réparation à la hauteur".
Le procès se poursuit avec le verdict attendu pour lundi 13 avril, mettant fin à une affaire judiciaire qui a profondément marqué la région de Montpellier et au-delà.



